Le grand défaut de cette école, c'est le manque d'expression; sa partie triomphante, celle qui fut, pour ainsi dire, le patrimoine de tous ses peintres, c'est le dessin. Ils étaient portés à ce genre de perfection par le caractère national, exact et attentif aux détails, plutôt que passionné. La noblesse, la vérité, l'exactitude historique, brillent dans leurs tableaux avec la science du dessin. C'est que Florence fut de bonne heure la capitale de la pensée. Le Dante, Boccace, Pétrarque, Machiavel, et tant de gens d'esprit rassemblés par les Médicis, ou formés par les discussions politiques, répandirent les lumières. Ou les artistes furent des gens instruits, comme Michel-Ange, Léonard, le Frate, le Bronzino, ou la peur de la critique leur fit demander conseil. On n'eût pas représenté impunément aux rives de l'Arno les convives des noces de Cana vêtus à la mode du jour[155].
A Paris, on peut se faire une idée de la plupart des défauts de cette école par le tableau de Salviati, Jésus et saint Thomas[156], ou par cette réflexion qu'à la sensibilité près elle est en tout l'opposé des Hollandais.
L'école romaine fut grandiose à cause du Colysée et des autres ruines; Venise, voluptueuse; Florence, savante; le Corrége, tendre:
La terra molle e lieta e dilettosa,
Simili a se gli abitatori produce.
(Tasso, I, 62.)
[155] Noces de Cana de Paul Véronèse.
[156] Ancien Musée Napoléon, no 1154.
CHAPITRE XXXVI.
LA FRESQUE A FLORENCE.
Michel-Ange disait, en comparant deux peintures à la fresque et à l'huile, que cette dernière n'est qu'un jeu. Ce sont deux talents divers. La fresque cherche de plus grands résultats en suivant la nature de moins près.