Et, se tournant vers la duchesse, il ajouta, avec le regard le plus galant et en même temps de l’air que l’on prend pour citer le mot d’une comédie:

—Que faut-il faire pour plaire à ces beaux yeux?

La duchesse avait eu le temps de réfléchir; d’un ton ferme et lent, et comme si elle eût dicté son ultimatum, elle répondit:

—Son Altesse m’écrirait une lettre gracieuse, comme elle sait si bien les faire; elle me dirait que, n’étant point convaincue de la culpabilité de Fabrice del Dongo, premier grand vicaire de l’archevêque, elle ne signera point la sentence quand on viendra la lui présenter, et que cette procédure injuste n’aura aucune suite à l’avenir.

—Comment injuste! s’écria le prince en rougissant jusqu’au blanc des yeux, et reprenant sa colère.

—Ce n’est pas tout! répliqua la duchesse avec une fierté romaine; dès ce soir, et, ajouta-t-elle en regardant la pendule, il est déjà onze heures et un quart; dès ce soir Son Altesse Sérénissime enverra dire à la marquise Raversi qu’elle lui conseille d’aller à la campagne pour se délasser des fatigues qu’a dû lui causer un certain procès dont elle parlait dans son salon au commencement de la soirée.

Le duc se promenait dans son cabinet comme un homme furieux.

—Vit-on jamais une telle femme?... s’écriait-il; elle me manque de respect.

La duchesse répondit avec une grâce parfaite:

—De la vie je n’ai eu l’idée de manquer de respect à Son Altesse Sérénissime: Son Altesse a eu l’extrême condescendance de dire qu’elle parlait comme un ami à des amis. Je n’ai, du reste, aucune envie de rester à Parme, ajouta-t-elle en regardant le comte avec le dernier mépris.