Nouveau silence d’un gros quart d’heure; enfin la princesse songea au rôle que joua jadis Marie de Médicis, mère de Louis XIII: tous les jours précédents, la grande maîtresse avait fait lire par la lectrice l’excellente Histoire de Louis XIII, de M. Bazin. La princesse, quoique fort piquée, pensa que la duchesse pourrait fort bien quitter le pays, et alors Rassi, qui lui faisait une peur affreuse, pourrait bien imiter Richelieu et la faire exiler par son fils. Dans ce moment, la princesse eût donné tout au monde pour humilier sa grande maîtresse; mais elle ne pouvait: elle se leva, et vint, avec un sourire un peu exagéré, prendre la main de la duchesse et lui dire:
—Allons, madame, prouvez-moi votre amitié en parlant.
—Eh bien! deux mots sans plus: brûler, dans la cheminée que voilà, tous les papiers réunis par cette vipère de Rassi, et ne jamais lui avouer qu’on les a brûlés.
Elle ajouta tout bas, et d’un air familier, à l’oreille de la princesse.
—Rassi peut être Richelieu!
—Mais, diable! ces papiers me coûtent plus de quatre-vingt mille francs! s’écria le prince fâché.
—Mon prince, répliqua la duchesse avec énergie, voilà ce qu’il en coûte d’employer des scélérats de basse naissance. Plût à Dieu que vous pussiez perdre un million, et ne jamais prêter créance aux bas coquins qui ont empêché votre père de dormir pendant les six dernières années de son règne.
Le mot basse naissance avait plu extrêmement à la princesse, qui trouvait que le comte et son amie avaient une estime trop exclusive pour l’esprit, toujours un peu cousin germain du jacobinisme.
Durant le court moment de profond silence, rempli par les réflexions de la princesse, l’horloge du château sonna trois heures. La princesse se leva, fit une profonde révérence à son fils, et lui dit:
—Ma santé ne me permet pas de prolonger davantage la discussion. Jamais de ministre de basse naissance; vous ne m’ôterez pas de l’idée que votre Rassi vous a volé la moitié de l’argent qu’il vous a fait dépenser en espionnage.