Le maréchal des logis, en accourant de l’auberge, avait vu tomber son colonel, et le croyait gravement blessé. Il court après le cheval de Fabrice et plonge la pointe de son sabre dans les reins du voleur; celui-ci tombe. Les hussards, ne voyant plus sur le pont que le maréchal des logis à pied, passent au galop et filent rapidement. Celui qui était à pied s’enfuit dans la campagne.

Le maréchal des logis s’approcha des blessés. Fabrice s’était déjà relevé, il souffrait peu, mais perdait beaucoup de sang. Le colonel se releva plus lentement; il était tout étourdi de sa chute, mais n’avait reçu aucune blessure.

—Je ne souffre, dit-il au maréchal des logis, que de mon ancienne blessure à la main.

Le hussard blessé par le maréchal des logis mourait.

—Le diable l’emporte! s’écria le colonel, mais, dit-il au maréchal des logis et aux deux autres cavaliers qui accouraient, songez à ce petit jeune homme que j’ai exposé mal à propos. Je vais rester au pont moi-même pour tâcher d’arrêter ces enragés. Conduisez le petit jeune homme à l’auberge et pansez son bras; prenez une de mes chemises.

CHAPITRE V

Toute cette aventure n’avait pas duré une minute; les blessures de Fabrice n’étaient rien; on lui serra le bras avec des bandes taillées dans la chemise du colonel. On voulait lui arranger un lit au premier étage de l’auberge:

—Mais pendant que je serai ici bien choyé au premier étage, dit Fabrice au maréchal des logis, mon cheval, qui est à l’écurie, s’ennuiera tout seul et s’en ira avec un autre maître.

—Pas mal pour un conscrit! dit le maréchal des logis.

Et l’on établit Fabrice sur de la paille bien fraîche, dans la mangeoire même à laquelle son cheval était attaché.