—Maestro, repris-je, je vais être le modèle de toute l'école, credete a me. Mais je vous demande une grâce; si quelqu'un vient me demander pour chanter dehors, refusez-moi. De grâce, dites que vous ne pouvez pas.

—Et qui diable veux-tu qui demande un mauvais garnement tel que toi? Est-ce que je permettrai jamais que tu quittes le conservatoire? Est-ce que tu veux te moquer de moi? Décampe, décampe, dit-il, en cherchant à me donner un coup de pied au c..., ou gare le pain sec et la prison.

Une heure après, le signor Giovannone arrive chez le directeur:

—Je viens vous demander de faire ma fortune, lui dit-il, accordez-moi Geronimo. Qu'il chante à mon théâtre, et cet hiver je marie ma fille.

—Que veux-tu faire de ce mauvais sujet? lui dit Zingarelli. Je ne veux pas; tu ne l'auras pas; et d'ailleurs, quand j'y consentirais, jamais il ne voudra quitter le conservatoire, il vient de me le jurer.

—Si ce n'est que de sa volonté qu'il s'agit, dit gravement Giovannone, en tirant de sa poche mon engagement, carta canta! voici sa signature.

Aussitôt Zingarelli, furieux, se pend à sa sonnette:

—Qu'on chasse Geronimo du conservatoire, cria-t-il bouillant de colère.

On me chassa donc, moi riant aux éclats. Le même soir, je chantai l'air del Moltiplico. Polichinelle veut se marier et compte, sur ses doigts, les objets dont il aura besoin dans son ménage, et il s'embrouille à chaque instant dans ce calcul.

—Ah! veuillez, Monsieur, nous chanter cet air, dit Mme de Rênal.