—Et qui peut être digne de la sublime Mathilde? dit le premier; quelque prince souverain, beau, spirituel bien fait, un héros à la guerre, et âgé de vingt ans tout au plus.

—Le fils naturel de l'empereur de Russie... auquel, en faveur de ce mariage, on ferait une souveraineté; ou tout simplement le comte de Thaler, avec son air de paysan habillé...

La porte fut dégagée, Julien put entrer.

Puisqu'elle passe pour si remarquable aux yeux de ces poupées, elle vaut la peine que je l'étudie, pensa-t-il. Je comprendrai quelle est la perfection pour ces gens-là.

Comme il la cherchait des yeux, Mathilde le regarda. Mon devoir m'appelle, se dit Julien; mais il n'y avait plus d'humeur que dans son expression. La curiosité le faisait avancer avec un plaisir que la robe, fort basse des épaules, de Mathilde augmenta bien vite, à la vérité d'une manière peu flatteuse pour son amour-propre. Sa beauté a de la jeunesse, pensa-t-il. Cinq ou six jeunes gens, parmi lesquels Julien reconnut ceux qu'il avait entendus à la porte, étaient entre elle et lui.

—Vous monsieur, qui avez été ici tout l'hiver, lui dit-elle, n'est-il pas vrai que ce bal est le plus joli de la saison?

Il ne répondait pas.

—Ce quadrille de Coulon me semble admirable et ces dames le dansent d'une façon parfaite.

Les jeunes gens se retournèrent pour voir quel était l'homme heureux dont on voulait absolument avoir une réponse. Elle ne fut pas encourageante.

—Je ne saurais être un bon juge, mademoiselle; je passe ma vie à écrire: c'est le premier bal de cette magnificence que j'aie vu.