Il se jette dans la chambre plus mort que vif:
—C'est donc toi! dit-elle en se précipitant dans ses bras.
Qui pourra décrire l'excès du bonheur de Julien? celui de Mathilde fut presque égal.
Elle lui parlait contre elle-même, elle se dénonçait à lui.
—Punis-moi de mon orgueil atroce, lui disait-elle, en le serrant dans ses bras de façon à l'étouffer; tu es mon maître, je suis ton esclave, il faut que je te demande pardon à genoux d'avoir voulu me révolter.
Elle quittait ses bras pour tomber à ses pieds.
—Oui, tu es mon maître, lui disait-elle encore, ivre de bonheur et d'amour; règne à jamais sur moi, punis sévèrement ton esclave quand elle voudra se révolter.
Dans un autre moment, elle s'arrache de ses bras allume la bougie, et Julien a toutes les peines du mondé à l'empêcher de se couper tout un côté de ses cheveux.
—Je veux me rappeler, lui dit-elle, que je suis ta servante: si jamais un exécrable orgueil vient m'égarer, montre-moi ces cheveux et dis: Il n'est plus question d'amour, il ne s'agit pas de l'émotion que votre âme peut éprouver en ce moment, vous avez juré d'obéir, obéissez sur l'honneur.
Mais il est plus sage de supprimer la description d'un tel degré d'égarement et de félicité.