Julien fut sur le point d'accepter; mais son devoir le rappelait auprès du grand personnage, en quittant Korasoff, il promit d'écrire. Il reçut la réponse à la note secrète qu'il avait apportée, et courut vers Paris; mais à peine eut-il été seul deux jours de suite, que quitter la France et Mathilde lui parut un supplice pire que la mort. Je n'épouserai pas les millions que m'offre Korasoff, se dit-il, mais je suivrai ses conseils.

Après tout, l'art de séduire est son métier, il ne songe qu'à cette seule affaire depuis plus de quinze ans, car il en a trente. On ne peut pas dire qu'il manque d'esprit; il est fin et cauteleux; l'enthousiasme, la poésie sont une impossibilité dans ce caractère: c'est un procureur; raison de plus pour qu'il ne se trompe pas.

Il le faut, je vais faire la cour à Mme de Fervaques.

Elle m'ennuiera bien peut-être un peu, mais je regarderai ces yeux si beaux, et qui ressemblent tellement à ceux qui m'ont le plus aimé au monde.

Elle est étrangère; c'est un caractère nouveau à observer.

Je suis fou, je me noie, je dois suivre les conseils d'un ami et ne pas m'en croire moi-même.

CHAPITRE XXV
LE MINISTÈRE DE LA VERTU

Mais si je prends de ce plaisir avec tant de prudence et de circonspection, ce ne sera plus un plaisir pour moi.
LOPE DE VEGA.

A peine de retour à Paris, et au sortir du cabinet du marquis de La Mole, qui parut fort déconcerté des dépêches qu'on lui présentait, notre héros courut chez le comte Altamira. A l'avantage d'être condamné à mort, ce bel étranger réunissait beaucoup de gravité et le bonheur d'être dévot; ces deux mérites, et, plus que tout, la haute naissance du comte, convenaient tout à fait à Mme de Fervaques, qui le voyait beaucoup.

Julien lui avoua gravement qu'il en était fort amoureux.