«—Si je ne vais pas au Chasseur Vert, deux de ces pauvres petites perdront cette partie de plaisir.»

Et elle monta en voiture avec les plus jeunes.

Quand on descendit à l'entrée du bois de Burviller, Lucien était un autre homme.

Mme de Chasteller le vit du premier coup d'œil. Son front avait repris la sérénité de son âge; ses manières avaient de l'aisance.

Il se trouva qu'au bout de quelques instants il lui donna le bras; deux des demoiselles de Serpierre marchaient à leurs côtés, le reste de la famille suivait à dix pas. Il prit un ton très gai pour ne pas attirer l'attention de ces dames.

«—Depuis que j'ai osé dire la vérité à la personne que j'estime le plus au monde, je suis un autre homme. Avant de me livrer au bonheur inspiré par ces beaux yeux, j'aurais besoin, madame, d'avoir votre opinion sur le ridicule de cette harangue, où il y avait des chaînes, du poison, et autres mots tragiques.

«—Je vous avouerai, monsieur, que je n'ai pas d'opinion bien arrêtée. Mais en général, ajouta-t-elle après un petit silence et d'un air sévère, je crois voir de la sincérité; si on se trompe, du moins l'on ne veut pas tromper. Et la vérité fait tout passer, même les chaînes et le poison.»

Elle trouvait un plaisir extrême à rêver, et ne parlait que juste assez pour ne pas se donner en spectacle à la famille de Serpierre qui s'était réunie. Enfin, heureusement pour Leuwen, les cors allemands arrivèrent et se mirent à jouer des valses de Mozart et des duos tirés de Don Juan et des Nozze di Figaro. Lucien était tout à fait transporté dans le roman de la vie; l'espérance du bonheur lui semblait une certitude. Il osa lui dire dans ces courts instants de demi-liberté qu'ils pouvaient avoir:

«—Il ne faut pas tromper le Dieu qu'on adore. J'ai été sincère, c'était la plus grande marque de respect que je puisse donner; m'en punira-t-on?

«—Vous êtes un homme étrange!