On craignit une anecdote.
«—Qu'allons-nous faire, qu'allons-nous faire?» s'écrièrent à la fois Murcé et un des comtes Roller.
C'était la question que tout le monde se faisait, sans que personne trouvât la réponse, quand parut M. d'Antin.
Son air riant éclaircit tous les fronts.
Il n'avait pas le sens commun, mais le meilleur cœur du monde et un fond de gaieté incroyable: il achevait de manger une grande fortune, qu'un père fort avare lui avait laissée depuis trois ou quatre ans. Il avait quitté Paris où on l'avait pourchassé pour des plaisanteries sur un personnage auguste.
C'était un homme unique pour organiser les parties de plaisir; rien ne pouvait languir dans les lieux où il se trouvait.
Mme d'Hocquincourt connaissait toutes ces grâces, et la surprise, élément si essentiel de son bonheur, était impossible.
Goëllo, qui avait appris ce mot, plaisantait lourdement M. d'Antin sur ce qu'il ne faisait plus rien de neuf, lorsque le comte de Wassignies entra.
«—Vous n'avez qu'un moyen de durer, dit-il, devenez raisonnable!
«—Je m'ennuierai moi-même, répondit d'Antin. Je n'ai pas votre courage, moi! J'aurai bien le temps d'être sérieux quand je serai ruiné et, alors, pour m'ennuyer d'une manière utile, je compte me jeter dans la politique et dans les sociétés secrètes en l'honneur de Henri V, qui est mon roi à moi. En attendant, messieurs, comme vous êtes fort sérieux et encore tout endormis de l'amabilité de l'hôtel de Marcilly, jouons à ce jeu italien que je vous ai appris l'autre jour, le pharaon. M. de Wassignies qui ne le sait pas, taillera; Goëllo ne pourra pas dire que j'arrange les règles du jeu pour gagner toujours. Qui sait le pharaon ici?