En quittant ces fougueux gentilshommes, Dupoirier alla d'un pas pressé chercher, au fond d'une rue étroite, un petit prêtre que le préfet croyait son espion dans la bonne compagnie, et qui, comme tel, accrochait un assez bon lot de fonds secrets.

«—Vous allez dire à M. Féron, mon cher Olive, que nous avons reçu une dépêche de Prague, sur laquelle nous avons délibéré cinq heures, en séance, chez M. de Sanréal; mais cette dépêche est d'une telle importance que demain, à dix heures et demie, nous nous réunissons de nouveau au même lieu.»

L'abbé Olive avait la permission de Mgr l'évêque de porter un habit bleu extrêmement râpé et des bas gris de fer. Ce fut dans ce costume qu'il alla trahir M. Dupoirier et annoncer à M. l'abbé Rey, grand vicaire, la commission qu'il venait de recevoir du docteur. Ensuite il se glissa chez le préfet qui, sur cette grande nouvelle, ne dormit pas de la nuit.

Le lendemain, celui-ci fit dire de grand matin à l'abbé Olive qu'il paierait cinquante écus une copie fidèle de la dépêche de Prague, et, en même temps, écrivit directement au ministre de l'Intérieur.

* * *

«—Quoi! se dit Dupoirier, en apprenant le choix des deux commissaires qu'on lui avait donnés, ces animaux-là ne sauront pas même nommer deux commissaires! Du diable si je leur raconte mon projet.»

À la réunion du lendemain, Dupoirier, plus grave et plus rogue que jamais, prit par le bras MM. Ludwig Roller et de Sanréal, et les conduisit dans le cabinet du dernier qu'il ferma à clef. Il fut avant tout fidèle aux formes; il savait que c'était la seule chose que Sanréal comprendrait dans cette affaire.

Une fois placés dans trois fauteuils, Dupoirier dit après un petit silence:

«—Messieurs, nous sommes ici réunis pour le service de S. M. Charles X, notre roi légitime. Vous me jurez un secret absolu, meme sur le peu qu'il m'est permis de vous révéler aujourd'hui?

«—Parole d'honneur! dit Sanréal ahuri de respect et de curiosité.