Il y eut un silence.
M. Féron, flatté de l'effet produit, et sur un militaire encore, demanda à Lucien ce qu'il y avait pour son service; mais ce mot fut lancé en grasseyant et d'un ton à se faire répondre une impertinence.
«—Monsieur, dit-il en regardant la robe de chambre unique dans laquelle le jeune préfet se drapait, on dit que vous avez un cheval à vendre; je désire le voir, je l'essaie un quart d'heure et je le paye comptant.
«—Les affaires urgentes et graves dont je suis accablé, répondit le préfet, comme récitant une leçon apprise par cœur, m'ont, je le crains bien, rendu coupable d'impolitesse. J'ai lieu de craindre que vous n'ayez attendu. Ce serait bien coupable à moi,—et il se confondit en excuses.
«—Je respecte, comme je le dois, les occupations nombreuses de Monsieur le préfet. Je désire voir seulement le cheval et l'essayer en présence du «groom» de Monsieur le préfet.»
La supposition polie qui lui donnait un groom, fit beaucoup de plaisir au jeune magistrat.
«—La bête est anglaise, lion demi-sang bien prouvé, mais je dois avouer qu'elle n'est soignée dans ce moment que par un domestique français.»
Les ordres donnés, le jeune magistrat salua Lucien en grasseyant, et rentra dans ses appartements.
«—Et dire qu'un gringalet de ce calibre-là nous passera en revue dimanche, s'écria Bouchard comme se parlant à lui-même. Cela ne fait-il pas suer?»
À peine le cheval anglais fut-il hors de l'écurie, d'où la pauvre bête ne sortait que trop rarement à son gré, qu'il se mit à galoper, à faire les sauts les plus singuliers, s'élançant de terre les quatre pieds à la fois, la tête en l'air, comme pour grimper sur les platanes qui entouraient la cour de la préfecture.