«—Soyez assuré, cher monsieur, que votre colonel ne vous laissera plus debout quand il aura à vous parler chez lui.»

Jamais prédiction ne sembla destinée à s'accomplir avec plus de rapidité. Quelques heures plus tard, le colonel, que Lucien salua de loin à la promenade, lui fit signe d'approcher et l'invita à dîner d'une façon embarrassée et trop polie.

Comme il allait s'éloigner:

«—Votre cheval a des épaules admirables, lui dit le colonel, deux lieues ne sont rien pour de tels jarrets. Je vous autorise à pousser os promenades jusqu'à Darney.»

C'était un bourg à quatre lieues de Nancy.

L'après-dînée fut encore plus triomphante pour Lucien. Dupoirier voulut absolument le présenter chez Mme la comtesse de Commercy, la dame qui, la veille, avait prêté pour lui le magnifique livre de prières.

Cette dame, d'un âge avancé, le reçut avec une distinction marquée.

Sa maison, située au fond d'une grande cour garnie de tilleuls taillés en mur, était, il est vrai, d'un aspect fort triste, mais, du côté opposé à la cour, Lucien aperçut un jardin charmant et où il eût été heureux de se promener.

Malgré ses bonnes dispositions, il ne put découvrir, dans ce que lui disait la comtesse de Commercy, rien absolument dont il pût se moquer. Elle ne parlait pas trop haut, elle ne gesticulait pas comme tous les jeunes gens de bonne compagnie de Nancy qu'il avait aperçus dans les rues. Il fut reçu dans un grand salon, tendu en damas rouge un peu éraillé, garni de baguettes d'or et de portraits de famille.

D'immenses fauteuils, dont les bois contournés offraient une dorure brillante, firent peur à Lucien quand il entendit Mme de Commercy dire au laquais les paroles sacramentelles: «Un fauteuil pour monsieur.»