Lucien se retourna vivement vers le balcon pour chercher à deviner parmi ces figures qui riaient d'un rire affecté, celui qui avait parlé de lui. Mais deux gendarmes au galop arrivèrent sur la foule. Le balcon fut vidé en un instant et la foule se dissipa, dans les rues latérales. Ivre de colère, Lucien voulut entrer dans la maison pour chercher l'homme qui l'avait insulté, mais l'hôte avait barricadé la porte; ce fut en vain que notre héros y donna des coups de poing et de pied.

«—Filez rapidement, messieurs, disait le brigadier de gendarmerie d'un ton grossier, et riant lui-même de l'état de Leuwen. Je n'ai que trois hommes et ils peuvent revenir avec des pierres.»

Pendant ce temps, on attelait les chevaux en toute hâte. Lucien était fou à force de colère et parlait à Coffe qui ne répondait pas et tâchait, à l'aide d'un grand couteau de cuisine, d'ôter le plus gros de la boue fétide dont les manches de son habit étaient couvertes.

«—Il faut que je retrouve l'homme qui m'a insulté, ne cessait de répéter Lucien.

«—Dans le métier que nous faisons, vous et moi, répondit enfin Coffe avec un grand sang-froid, il faut secouer les oreilles et aller en avant.»

L'hôte survint; il était sorti par une porte de derrière, et ne put ou ne voulut répondre à Leuwen.

«—Payez-moi, monsieur, cela vaudra mieux. C'est 42 francs.

«—Vous vous moquez! Un dîner pour deux, 42 francs?

«—Je vous conseille de filer, dit le brigadier en intervenant. Ils vont revenir avec des tronçons de chou.»

Lucien remarqua que l'hôte remerciait le gendarme du coin de l'œil.