M. de Bourdoulier, candidat constitutionnel, 400.
M. Mairobert, 500.»
Et il n'ajouta aucun détail sur les nuances qui formaient ces chiffres totaux de 400 et de 500. Lucien ne jugea pas convenable de demander autre chose. Après quoi M. de Séranville s'excusa de ne les pouvoir loger à la préfecture, à cause des ouvriers qui étaient en train de faire des réparations et qui l'empêchaient d'offrir les pièces les plus confortables. Il n'invita ces messieurs à dîner que pour le lendemain.
Les trois personnages se quittèrent avec une froideur qui ne pouvait être plus grande sans être marquée.
«—Celui-ci est bien moins ennuyeux que le Riquebourg, dit gaiement Lucien, une fois dans la rue.
«—Et vous avez été infiniment plus homme d'État, c'est-à-dire parfaitement insignifiant.
«—M. de Séranville n'admet aucune comparaison avec ce bon bourgeois de Riquebourg qui dissertait sur les comptes de sa cuisinière. Il est bien plus commode, il n'est nullement ridicule, et beaucoup plus confit en méfiance et méchanceté, comme dirait mon père.
«—Serait-ce un fanatique sombre qui aurait besoin d'agir, de comploter, de faire sentir son pouvoir aux hommes? Il aura mis ce besoin de venin au service de son ambition, comme jadis, il l'employait dans la critique des ouvrages littéraires de ses rivaux.
«—Il a plutôt du sophiste qui aime à parler et à ergoter parce qu'il s'imagine raisonner puissamment. Cet homme serait puissant dans un comité de la Chambre des députés. Ce serait un Mirabeau pour notaires de campagne.»
Tout en causant, les deux amis parcouraient gaiement la ville. Il était évident que quelque chose d'extraordinaire agitait la démarche ordinairement si lourde des bourgeois de province.