«—Que tu es folle, s'écria Mme de Constantin. Réellement, si je te laisse encore un an ou deux à Nancy, tu vas prendre toutes les manières de sentir d'une religieuse. Et où est le mal, grand Dieu! qu'une jeune veuve de vingt-quatre ans, qui n'a pour unique soutien qu'un père de soixante et onze ans, lequel, par excès de tendresse, intercepte toutes ses lettres, songeât à choisir un mari, un appui, un soutien...?
«—Hélas! ce ne sont pas toutes ces bonnes raisons; je mentirais si j'acceptais tes louanges. Il se trouve par hasard qu'il est riche et assez né, mais il aurait été pauvre et fils d'un fermier qu'il en eût été de même, que tout se serait passé exactement de même.»
Mme de Constantin exigea une histoire suivie; rien ne l'intéressait comme les histoires d'amours sincères, et elle avait une amitié passionnée pour Mme de Chasteller.
«—Il commença par tomber de cheval deux fois sous mes fenêtres...»
Mme de Constantin fut saisie d'un rire fou. Les yeux remplis de larmes, elle put dire, en s'interrompant vingt fois:
«—Ainsi, ma chère Bathilde... tu ne peux pas appliquer... à ce puissant vainqueur... le mot obligé de la province... c'est un beau cavalier.»
L'injustice faite à Lucien ne fit que redoubler l'intérêt avec lequel Mme de Chasteller raconta à son amie ce qui s'était passé depuis six mois.
Mais toute la partie tendre ne toucha guère Mme de Constantin: elle ne croyait pas aux grandes passions.
Cependant, sur la fin du récit, qui fut infini, elle devint pensive.
«—Ton M. Leuwen est-il un don Juan terrible pour nous autres pauvres femmes, ou est-ce un enfant sans expérience? Sa conduite n'a rien de naturel...