Les soupçons de Mme de Chasteller lui fournirent une objection décisive à la proposition de suivre Mme de Constantin à Paris, si son mari était nommé député.

«—N'aurais-je pas l'air, lui dit-elle, de courir après M. Leuwen?»

Pendant les quinze jours qui suivirent, cette objection occupa seule les moments les plus intimes de la conversation des deux amies.

Trois jours après l'arrivée de Mme de Constantin, Mlle Bérard fut payée magnifiquement et renvoyée. Avec son activité ordinaire, Mme de Constantin interrogea la bonne Mlle Beaulieu et congédia Anne-Marie.

M. le marquis de Pointcarré, extrêmement attentif à ces petits événements domestiques, comprit qu'il avait une rivale invincible dans l'âme de sa fille.

C'était un peu l'espoir de Mme de Constantin; son activité continue rendit la santé à Mme de Chasteller. Elle voulut être menée dans le monde et, sous ce prétexte, elle força son amie à paraître presque chaque soir chez Mmes de Puy-Laurens, d'Hocquincourt, de Marcilly, de Serpierre, de Commercy, etc.

Elle voulait bien établir que Mme de Chasteller n'était pas au désespoir du départ de M. Leuwen.

En voiture, un soir, en allant chez Mme de Puy-Laurens:

«—Quel est l'homme le plus actif, le plus impertinent, le plus influent de toute votre jeunesse? demanda Mme de Constantin.

«—C'est M. de Sanréal, sans doute répondit Mme de Chasteller en souriant.