«—Il faudrait que chacun de nous parlât à son tour...»

Cette gravité ferme en imposa enfin. Le blessé fut examiné et interrogé régulièrement.

M. Monod, chirurgien de la salle, fit un rapport succinct. Ensuite on quitta le lit du malade, et dans une salle à part se fit la consultation que M. Monod écrivit pendant qu'un jeune médecin, portant un nom bien connu dans les sciences, écrivait le procès-verbal sous la dictée de Leuwen.

Sur sept médecins ou chirurgiens, cinq conclurent à la mort possible à chaque instant, et certaine—avant deux ou trois jours. Un des sept proposa l'opium.

«—Ah! voilà le coquin gagné par le général B...» pensa Lucien.

C'était un monsieur fort élégant, avec des cheveux blonds, et portant à sa boutonnière deux énormes rubans.

Lucien lut sa pensée dans les yeux de l'assistance. On fit justice de cette proposition en deux mots. Un autre proposa une saignée abondante au pied, pour prévenir l'hémorragie dans les entrailles.

Lucien ne voyait rien de politique dans cette nouvelle proposition, mais M. Monod lui fit changer d'avis en disant de sa grosse voix et d'un ton significatif:

«—Cette saignée n'aurait qu'un effet hors de doute, celui d'ôter la parole au blessé.

«—Je la repousse de toutes mes forces, dit un chirurgien honnête homme.