«—Actuellement, il faut chercher le ministre...»

Mais il ne le trouva pas à l'hôtel de la rue de Grenelle. Il écrivit un mot, fit changer le cheval du cabriolet et le domestique, et alla au ministère des Finances. M. de Vaize en était sorti depuis longtemps.

«—C'est assez de zèle comme cela,» pensa-t-il, et il s'arrêta dans un café pour dîner. Puis il remonta en voiture après quelques minutes, fit deux courses inutiles dans la chaussée d'Antin, et comme il passait devant le ministère des Affaires étrangères l'idée lui vint d'y faire frapper. Le portier répondit que M. le ministre de l'Intérieur était chez son Excellence. Mais l'huissier ne voulut pas l'annoncer et interrompre ainsi la conférence de Leurs Excellences. Lucien, qui savait qu'il y avait une porte dérobée, eut peur que son ministre lui échappât; il était las de courir et n'avait pas envie de retourner rue de Grenelle.

Il insista encore, et l'huissier refusa avec hauteur.

«—Parbleu, j'ai l'honneur de vous répéter que je suis porteur d'un ordre auprès de M. le ministre de l'Intérieur. J'entrerai. Appelez la garde, si vous voulez, mais j'entrerai de force. Je vous répète que je suis M. Lucien Leuwen, maître des requêtes.»

Quatre ou cinq domestiques étaient accourus pour défendre la porte.

Voyant qu'il allait avoir à combattre cette canaille, Lucien eut l'idée d'arracher les cordons des deux sonnettes à force de sonner.

Au mouvement de respect que firent les laquais, il s'aperçut que M. le comte de Beauséant, ministre des Affaires étrangères, entrait dans le salon.

Il ne l'avait jamais vu.

«—Monsieur le comte, je me nomme Lucien Leuwen, maître des requêtes. J'ai un million d'excuses à demander à Votre Excellence. Mais je cherche M. le comte de Vaize, depuis deux heures, et par son ordre exprès; il faut que je lui parle pour une affaire importante et pressée.