«—Ah! c'est M. Leuwen, le maître des requêtes?

«—Eh bien! c'est vous ma belle, qui le conduirez au tombeau.

«—Ce n'est pas l'air malheureux que je lui trouve, dit Mme Grandet; c'est l'air ennuyé.»

On ajouta à peine quelques mots, Mme de Thémines laissa tomber le discours sur la politique et dit, à propos de quelque chose:

«—Ce sont les gens que vous recevez chez vous qui font et défont les ministres.

«—Mais je suis bien loin de recevoir exclusivement ces messieurs.

«—Ne désertez pas une belle position, ma chère. Déjà une fois, sous Louis XIV, comme le rabâche sans cesse ce méchant duc de Saint-Simon que vous aimez tant, les bourgeois ont pris le ministère. Qu'étaient Colbert, Séguier? À la longue les ministres font la fortune de leurs amis.

«Qui fait les ministres aujourd'hui? Les Rothschild, les Leuwen, les... À propos, n'est-ce pas M. Pozzo di Borgo qui disait l'autre jour que M. Leuwen avait fait une scène au ministre des Affaires étrangères à propos de son fils, ou bien c'est le fils qui au milieu de la nuit, est allé faire une scène à ce ministre...»

Mme Grandet raconta tout ce qu'elle savait sur l'affaire; c'était la vérité, à peu près, mais racontée à l'avantage des Leuwen.

Le soir, Mme de Thémines crut pouvoir rassurer M. Leuwen le père et lui dire qu'il n'y avait ni amour, ni galanterie, entre son fils et la belle Mme Grandet.