M. Leuwen était d'autant plus irrité qu'il parlait à son fils après s'être promis, quinze jours durant, de ne pas lui dire un mot de ce qui le tourmentait.
«—Daignez m'attendre, dit-il avec amertume.
Il revint bientôt avec un petit portefeuille en cuir de Russie.
«—Il y a là 12.000 francs. Si vous ne les prenez pas, je crois que nous nous brouillerons.
«—Le sujet de la querelle serait neuf, dit Lucien en souriant. Les rôles sont renversés et...
«—Oui, ce n'est pas mal. Voilà du petit esprit. Mais, en un mot comme en mille, il faut que vous preniez une grande passion pour Mlle Gosselin, la petite danseuse. Et n'allez pas lui donner votre argent et puis vous sauver à cheval, dans les bois de Meudon ou au diable, comme c'est votre belle habitude. Il s'agit de passer vos soirées avec elle, de lui donner tous vos moments. Il faut en être fou.
«—Fou de Mlle Gosselin?
«—Le diable t'emporte! Fou de Mlle Gosselin ou d'une autre. Qu'est-ce que cela fait? Il convient que le public sache que tu as une maîtresse.
«—Et, mon père, la raison de cet ordre si sévère?
«—Tu la sais fort bien. Voilà que tu deviens de mauvaise foi en parlant avec ton père, et de tes intérêts encore. Que le diable t'emporte, et qu'après t'avoir emporté, il ne te rapporte jamais! Je suis certain que si je passais deux mois sans le voir, je ne penserais plus à toi. Que n'es-tu resté à Nancy! Cela fallait fort bien: tu aurais été le digne héros de deux ou trois bégueules...