Je n’ai pas voulu t’assassiner de lettres. Tu as autre chose à faire. La dernière que j’ai reçue de toi est celle de Mâcon. Au moins la moitié des lettres sont jetées au feu.

Le trop d’attention pour Michel, m’a donné des nerfs si forts que, depuis dix jours, je n’ai rien pu faire.

J’ai lu devant moi ledit Michel, copié en 192 pages. En deux jours de santé, je donne le dernier poli et j’envoie.

Il y aura quatre lacunes pour des descriptions qui doivent être faites par celui qui décrit et qui a vu ce grand homme sous un jour nouveau. Ce que les auteurs vulgaires blâment comme dur, je le loue comme contribuant à faire peur aux chrétiens; cette peur salutaire qui conduit en paradis fut le grand but de Michel-Ange.

Tu es probablement très heureux pour le cœur, figure-toi que je suis le contraire uniquement à cause de Cularo[241]. Que faire? Je suis forcé de contempler le laid moral. Je voudrais ne pas avoir si fort raison contre l’homme[242] qui abuse du droit du plus fort. Si le bâtard n’avait rien, je prendrais un parti vigoureux, probablement professeur en Russie.

On laissera tranquille un homme qui raisonne obscurément sur les arts. La religion est la cause unique du dur et du laid que les sots reprennent dans Michel-Ange. Laisse le plus que tu pourras le développement de ce ressort secret. Mets des points quand tu supprimeras. En un mot, M. le chimiste, cette espèce d’écume qu’on nomme beaux-arts est le produit nécessaire d’une certaine fermentation. Pour faire connaître l’écume, il faut faire voir la nature de la fermentation.

J’ai lu les vieilles histoires en originaux, j’ai été frappé de l’ignorance où nous sommes sur le Moyen-Age et de la profonde stupidité et légèreté des soi-disants historiens. Prends pour maxime de ne lire que les originaux et que les historiens contemporains.

Pour me rafraîchir le sang, donne-moi quelques détails sur ton bonheur.

Présente mes respects à Mme Praxède et prie-la de ne pas me voler tout ton cœur[243].