—Vous la verrez demain.

Le lendemain, je m’embarquai en bien mauvaise compagnie: des officiers suisses faisant partie de la garde de Louis XVIII, qui se rendaient à Paris[31].

La France, et surtout les environs de Paris, m’ont toujours déplu, ce qui prouve que je suis un mauvais Français et un méchant, disait plus tard, Mlle Sophie...... belle-fille de M. Cuvier.

Mon cœur se serra tout à fait en allant de Bâle à Belfort et quittant les hautes, si ce n’est les belles montagnes suisses pour l’affreuse et plate misère de la Champagne.

Que les femmes sont laides à.......[32], village où je les vis en bas bleus et avec des sabots. Mais, plus tard, je me dis: quelle politesse, quelle affabilité, quel sentiment de justice dans leur conversation villageoise!

Langres était située comme Volterre[33], ville qu’alors j’adorais,—elle avait été le théâtre d’un de mes exploits les plus hardis dans ma guerre contre Métilde.

Je pensai à Diderot,—fils, comme on sait, d’un coutelier de Langres.—Je songeai à Jacques le Fataliste, le seul de ses ouvrages que j’estime, mais je l’estime beaucoup plus que le Voyage d’Anacharsis, le Traité des Etudes, et cent autres bouquins estimés des pédants.

Le pire des malheurs, m’écriai-je, serait que ces hommes si secs, mes amis, au milieu desquels je vais vivre, devinassent ma passion, et pour une femme que je n’ai pas eue!

Je me dis cela en juin 1821, et je vois en juin 1832, pour la première fois, en écrivant ceci, que cette peur, mille fois répétée, a été, dans le fait, le principe dirigeant de ma vie pendant dix ans. C’est par là que je suis venu à avoir de l’esprit, chose qui était le bloc, la butte de mes mépris à Milan, en 1818, quand j’aimais Métilde.

J’entrai dans Paris, que je trouvai pire que laid, insultant pour ma douleur, avec une seule idée: n’être pas deviné.