—Bah! vous les connaissez bien! elles enverront chercher d’autres pratiques, s’il n’est pas trop tard, ou leurs amants, si les choses se passent comme en France.

Ces vérités ne firent aucune impression sur moi. Leur misère, tous ces petits meubles bien propres et bien vieux m’avaient touché. Nous n’avions pas fini de prendre le thé que j’étais intime avec elles au point de leur confier en mauvais anglais notre crainte d’être assassinés. Cela les déconcerta beaucoup.

—Mais enfin, ajoutai-je, la preuve que nous vous rendons justice, c’est que je vous raconte tout cela.

Nous renvoyâmes le fat. Alors je fus comme avec des amis tendres que je reverrais après un voyage d’un an.

Ce qu’il y a de déplaisant, c’est que pendant mon séjour en Angleterre, j’étais malheureux quand je ne pouvais pas finir mes soirées dans cette maison.

Aucune porte ne fermait, autre sujet de soupçons quand nous allâmes nous coucher. Mais à quoi eussent servi des portes et de bonnes serrures! Partout avec un coup de poing on eût enfoncé les petites séparations en briques. Tout s’entendait dans cette maison. Barot, qui était monté au second dans la chambre au-dessus de la mienne, me cria:

—Si l’on vous assassine, appelez-moi!

Je voulus garder de la lumière; la pudeur de ma nouvelle amie, d’ailleurs si soumise et si bonne, n’y voulut jamais consentir. Elle eut un mouvement de peur bien marqué, quand elle me vit étaler mes pistolets et mon poignard sur la table de nuit placée du côté du lit, apposé à la porte. Elle était charmante, petite, bien faite, pâle.

Personne ne nous assassina. Le lendemain, nous les tînmes quittes de leur thé, nous envoyâmes chercher Lussinge par le valet de place en lui recommandant d’arriver avec des viandes froides, du vin. Il parut bien vite escorté d’un excellent déjeuner, et tout étonné de notre enthousiasme.

Les deux sœurs envoyèrent chercher une de leurs amies. Nous leur laissâmes du vin et des viandes froides dont la beauté avait l’air de surprendre ces pauvres filles.