Comme je n'ai presque pas eu de ces femmes-là (vraies bourgeoises), je ne suis pas blasé le moins du monde à cinquante ans[9]. Je veux dire blasé au moral, car le physique, comme de raison, est émoussé considérablement, au point de passer très bien quinze jours ou trois semaines sans femme; ce carême-là ne me gêne que la première semaine.

La plupart de mes folies apparentes, surtout la bêtise de ne pas avoir saisi au passage l'occasion. qui est chauve, comme dit Don Japhet d'Arménie, toutes mes duperies en achetant, etc., etc., viennent de l'espagnolisme communiqué par ma tante Elisabeth, pour laquelle j'eus toujours le plus profond respect, un respect si profond qu'il empêchait mon amitié d'être tendre, et, ce me semble, de la lecture de l'Arioste faite si jeune et avec tant de plaisir. (Aujourd'hui, les héros de l'Arioste me semblent des palefreniers dont la force fait l'unique mérite, ce qui me met en dispute avec les gens d'esprit qui préfèrent hautement l'Arioste au Tasse, tandis qu'à mes yeux, quand par bonheur le Tasse oublie d'imiter Virgile ou Homère, il est le plus touchant des poètes.)


En moins d'une heure, je viens d'écrire ces douze pages, et en m'arrêtant de temps en temps pour tâcher de ne pas écrire des choses peu nettes, que je serais obligé d'effacer.

Comment aurais-je pu écrire bien physiquement, M. Colomb?—Mon ami Colomb, qui m'accable de ce reproche dans sa lettre d'hier et dans les précédentes, braverait les supplices pour sa parole, et pour moi. (Il est né à Lyon vers 1785, son père, ancien négociant fort loyal, se retira à Grenoble vers 1788. M. Romain Colomb a 20 ou 25.000 francs de revenu et trois filles, rue Godot-de-Mauroy, Paris[10].)


[1] Le chapitre XXI est le chapitre XVIII du manuscrit (fol. 299 à 311).—Écrit à Rome, le 30 décembre 1835.

[2] ... hypocrisie doucereuse (ou jésuite).—Ms.: «Tejé.»

[3] ... mon bureau à la Tronchin ne m'a coûté que quatre écus et demi (ou 4 X 5.45 = 24 fr. 52).—Nous reproduisons sans le modifier, le calcul de Stendhal.