«Mais c'était une ligne que je vous avais dit de tirer, dit M. Chabert avec son accent traînard, et c'est une barre que vous avez faite là.»
Il avait raison. Je pense que cet état de défaveur marquée chez MM. Dupuy et Chabert, et d'indifférence marquée chez M. Jay, à l'école de dessin, m'empêcha d'être un sot. J'y avais de merveilleuses dispositions, mes parents, dont la morosité bigote déclamait sans cesse contre l'éducation publique, s'étaient convaincus sans beaucoup de peine qu'avec cinq ans de soins, hélas! trop assidus, ils avaient produit un chef-d'œuvre, et ce chef-d'œuvre, c'était moi.
Un jour, je me disais, mais, à la vérité, c'était avant l'École centrale: Ne serais-je point le fils d'un grand prince, et tout ce que j'entends dire de la Révolution, et le peu que j'en vois, une fable destinée à faire mon éducation, comme dans Émile?
Car mon grand-père, homme d'aimable conversation, en dépit de ses résolutions pieuses, avait nommé Émile devant moi, parlé de la Profession[14] de foi du vicaire savoyard, etc., etc. J'avais volé ce livre à Claix, mais je n'y avais rien compris, pas même les absurdités de la première page, et après un quart d'heure l'avais laissé. Il faut rendre justice au goût de mon père, il était enthousiaste de Rousseau et il en parlait quelquefois, pour laquelle chose et pour son imprudence devant un enfant il était bien grondé de ma tante Séraphie.
[1] Le chapitre XXVI est le chapitre XXII du manuscrit (fol. 372 à 386).—Écrit a Rome, les 3, 4 et 6 janvier 1836.—En face du feuillet commençant le chapitre, on lit: «Treize pages en une heure et demie. Froid du diable. 3 janvier 1836.»
[2] ... à la porte des Jacobins ...—La porte des Jacobins était située place Grenette, à remplacement de l'actuelle rue de la République.
[3] ... à la voûte du Jardin ...—Le Jardin-de-Ville.