Les époques de publication seront variables: il paraîtra par an environ quatre volumes suivant, autant que possible, un ordre logique et rationnel. Après Brulard, où Stendhal raconte sa jeunesse, suivront le Journal et les Souvenirs d'égotisme, pour en finir avec l'autobiographie. Sans doute ne résisterons-nous pas au plaisir, avant de continuer l'édition des œuvres connues, de publier certains inédits. Il en est ainsi d'une série d'articles écrits par Stendhal sur la littérature, les beaux-arts et la société. Imprimés, après traduction, dans diverses revues anglaises, le Monthly Review, le London Magazine, la Revue Britannique, entre 1820 et 1830, ils ont été retrouvés et traduits en français par Miss Doris Gunnell, maître de conférences à l'université de Leeds, et sont comme les preuves de son très utile ouvrage Stendhal et l'Angleterre.
Ils forment la matière de quatre volumes de manuscrits in-folios, et feront l'objet d'une publication à laquelle Miss Doris Gunnell et M. Émile Henriot ont accepté de donner leurs soins, en se chargeant de mettre en ordre et de présenter au public ces documents inédits.
Les volumes publiés du vivant de Stendhal paraîtront dans l'ordre de leur première date de publication: Vies de Haydn, Mozart et Métastase; Histoire de la peinture en Italie; Rome, Naples, Florence, etc., etc.
La correspondance sera réservée pour les derniers volumes: chaque jour elle s'augmente, et notre édition aidant, nos appels étant entendus, il ne restera plus bientôt, nous l'espérons, aucun trésor caché et nous pourrons enfin donner une édition complète des Lettres de Beyle.
Je souhaite aussi que, certaines riches archives privées m'étant ouvertes, j'y puisse relever des annotations mises par l'auteur de la Chartreuse en marge de ses lectures. A en juger par celles qui ont été publiées déjà, la moindre de ses remarques a de l'intérêt—et elles en présentent toutes pour l'histoire de la formation intellectuelle de Stendhal.
Le tout dernier volume sera consacré à une table générale des noms propres de personnes et de lieux, réels ou fictifs, figurant dans l'œuvre entière.
Entre temps aura paru une bibliographie de Stendhal, due à M. Cordier, le savant membre de l'Institut. C'est le complément indispensable de toute édition. M. Cordier a fait ses preuves d'érudition stendhalienne. En nous apportant tout de suite le résultat de son expérience et de ses recherches, en éclairant l'œuvre parfois cachée et mystérieuse de Stendhal, en mettant de l'ordre et de la clarté dans les travaux des Stendhaliens, depuis qu'il y en a et qui écrivent, il aura rendu un inappréciable service tant à nous-mêmes qu'à nos lecteurs. Une notice iconographique par M. Octave Uzanne, avec l'indication des gravures, dessins, tableaux, est également dans notre programme.
Chacun de nos volumes sera présenté à l'aide de substantielles préfaces par l'élite des écrivains contemporains que notre œuvre intéresse et qui l'encouragent: Charles Maurras (Rome, Naples, Florence); Rémy de Gourmont (De l'Amour); G. d'Annunzio (Promenades dans Rome); Henry Roujon (Mélanges d'Art), etc., pour n'en citer que quelques-uns et suivant l'ordre de publication. MM. Anatole France et Maurice Barrès nous ont promis leur précieux concours pour l'Abbesse de Castro et la Chartreuse de Parme. Notons ici que cette édition de la Chartreuse sera rendue nouvelle par les appendices où seront relevés, d'après l'exemplaire si précieux de l'érudit grenoblois M. Chaper, les corrections et additions qu'y fit Stendhal après le fameux article de Balzac, quand il cherchait «le caractère de perfection, le cachet d'irréprochable beauté» que lui conseillait le directeur de la Revue Parisienne.
Le soin de mettre au point l'édition de Brulard, du Journal, de Lucien Leuwen, de Napoléon et en général de toutes les œuvres, inédites ou non, complètes ou ébauchées, que renferment les manuscrits de la Bibliothèque de Grenoble, est échu à M. Henry Debraye. Ancien élève de l'École des chartes, archiviste de la ville de Grenoble, M. Debraye s'est voué entièrement à l'édification de ce monument des Œuvres complètes. L'écriture hiéroglyphique de Stendhal n'a plus guère de secret pour lui: telle page de Brulard ou du Journal demeurée jusqu'à présent mystérieuse, il l'a déchiffrée avec une patience et une sagacité admirables, se défiant des interprétations de bon sens dont il faut souvent se garder en paléographie. Que l'on compare plutôt son édition et les précédentes! D'une page de Brulard, écrite en hâte et sans chandelle, deux mots ont pourtant échappé au déchiffrement de M. Debraye—la page entière échappait d'ailleurs le lendemain à Stendhal lui-même—nous avons décidé de la reproduire en fac-simile: bien que l'image soit légèrement réduite par les exigences de notre format, on pourra s'amuser à en tenter la lecture. Et on applaudira vite à la science du parfait paléographe qu'est Henry Debraye.
Il m'est impossible de nommer à cette place toutes les personnes qui m'ont encouragé dans mon entreprise. Je tiens pourtant à remercier M. Élie-Joseph Bois, rédacteur au Temps, qui, le premier, a annoncé l'édition des Œuvres complètes; M. Henri Welschinger, qui a réalisé ce miracle de réconcilier Stendhal et l'Institut en lisant à l'Académie des Sciences morales des inédits ensuite insérés dans les Procès-verbaux officiels: M. Georges Cain, dont les Souvenirs stendhaliens (Figaro du 29 septembre 1912) me sont particulièrement chers; M. A. Paupe, dont le concours incessant m'est toujours précieux et dont l'ouvrage sous presse, Vie littéraire de Stendhal, Documents inédits, appendice aux Œuvres complètes, sera bien souvent cité dans nos études préliminaires. M. Georges Grappe s'est employé amicalement pour Brulard comme si cette œuvre était sienne. J'ai profité des conseils de M. Mario Roques que mon projet a toujours intéressé. Je dois aussi une reconnaissance toute particulière à M. Maignien, conservateur de la Bibliothèque de Grenoble, à ses bibliothécaires et à ses commis. M. Paillart, l'obligeant maître-imprimeur, a surveillé personnellement, dans ses ateliers d'Abbeville, la confection de cette édition, à qui M. Longuet, par d'admirables phototypies et M. Lafuma, par un impérissable papier pur chiffon, assurent, je puis le dire, l'immortalité.