Le 14 ou 15 octobre 1806, Beyle vit la bataille d'Iéna, le 26 il vit Napoléon entrer à Berlin. Beyle alla à Brunswick en qualité d'élève commissaire des Guerres. Là, en 1808, il commença au petit palais de Richemont (à dix minutes de Brunswick), qu'il habitait en sa qualité d'intendant, une histoire de la guerre de la succession en Espagne. En 1809, il fit la campagne de Vienne, toujours comme élève commissaire des Guerres, il y eut une maladie complète et y devint fort amoureux d'une femme aimable et bonne, ou plutôt excellente, avec laquelle il avait eu des relations autrefois.
B[eyle] fut nommé auditeur au Conseil d'Etat et inspecteur du mobilier de la Couronne, par la faveur du comte Daru.
Il fit la campagne de Russie et se distingua par son sang-froid, il apprit à son retour que cette retraite avait été quelque chose de terrible. Cinq cent cinquante mille hommes passèrent le Niémen, cinquante mille, peut-être vingt-cinq mille le repassèrent.
B[eyle] fit la campagne de Lutzen et fut intendant à Sagan, en Silésie, sur la Bober. L'excès de la fatigue lui donna une fièvre qui faillit finir le drame, et que Galle guérit très bien à Paris. En 1813, B[eyle] fut envoyé dans la 7e division militaire avec un sénateur imbécile. Napoléon expliqua longuement à B[eyle] ce qu'il fallait faire.
Le jour où les Bourbons rentrèrent à Paris, B[eyle] eut l'esprit de comprendre qu'il n'y avait plus en France que de l'humiliation pour qui avait été à Moscou. Mme Beugnot lui offrit la place de directeur de l'approvisionnement de Paris, il refusa par dégoût des B[ourbons], alla s'établir à Milan; l'horreur qu'il avait pour le B[ourbon] l'emporta sur l'amour. Il crut entrevoir de la hauteur à son égard dans Mme A. Il serait ridicule de raconter toutes les péripéties, comme disent les Italiens, qu'il dut à cette passion. Il fit imprimer la Vie de Haydn, Rome, Naples et Florence, en 1817, enfin, l'Histoire de la Peinture. En 1817 il revint à Paris qui lui fit horreur, il alla voir Londres et revint à Milan. En 1821, il perdit son père[2], qui avait négligé ses affaires (à Claix) pour faire celles des Bourbons (en qualité d'adjoint au maire de Grenoble) et s'était entièrement ruiné. En 1815, M. Beyle avait fait dire à son fils (par M. Félix Faure) qu'il lui laisserait dix mille francs de rente, il lui laissa trois mille francs de capital. Par bonheur, Beyle avait 1.600 francs de rente provenant de la dot de sa mère (Mlle Henriette Gagnon, morte à Grenoble vers 1790 et qu'il a toujours adorée et respectée). A Milan, B[eyle] avait écrit au crayon l'Amour.
B[eyle], malheureux de toutes façons, revint à Paris en juillet 1821, il songeait sérieusement à en finir, lorsqu'il crut voir que Mme la C. avait du goût pour lui. Il ne voulait pas s'embarquer sur cette mer orageuse, il se jeta a corps perdu dans la querelle des romantiques, fit imprimer Racine et Shakespeare, la Vie de Rossini, les Promenades dans Rome, etc. Il fit deux voyages en Italie, alla un peu en Espagne jusqu'à Barcelone. Le c[limat] d'Espagne ne permettait pas de passer plus loin.
Pendant qu'il était en Angleterre (en septembre 1826), il fut abandonné de cette dernière maîtresse, C.; elle aimait pendant six mois, elle l'avait aimé pendant deux ans. Il fut fort malheureux et retourna en Italie.
En 1829, il aima G., et passa la nuit chez elle, pour la garder, le 29 juillet. Il vit la Révolution de 1830 de dessous les colonnes du Théâtre-Français. Les Suisses étaient au-dessous du chapelier Moizart. En septembre 1830, il fut nommé consul à Trieste, M. de Metternich était en colère à cause de Rome, Naples et Florence, il refusa l'exéquatur. B[eyle] fut nommé consul à Cività-Vecchia. Il passait la moitié de l'année à Rome. Il y perdait son temps, littérairement parlant; il y fit le Chasseur vert et rassembla des nouvelles telles que Vittorio Accoramboni, Beatrix Cenci, et huit ou dix volumes in-folio. En mai 1836, il revint à Paris par un congé de M. Thiers, qui imite les boutades de Napoléon ... Beyle arrangea la Vie de Nap[oléon] du 9 novembre 1836 à juin 1837 ...
(Je n'ai pas relu les six pages qui précèdent, écrites de 4 à 6 le dimanche 30 avril, pluie abominable, à l'hôtel Favart, place des Italiens, à Paris.)
B[eyle] a fait son épitaphe en 1821: