Cette action était bien d'accord avec cette admiration.
Le singulier, c'est que je n'aie pas tiré moi-même le coup de pistolet; mais je ne pense pas que ç'ait été par prudence blâmable. Il me semble, mais je l'entrevis d'une façon douteuse et comme à travers un brouillard, que Treillard, qui arrivait de son village (Tullins, je pense[27]), voulut absolument tirer le coup de pistolet comme pour se donner le droit de bourgeoisie parmi nous[28].
En écrivant ceci, l'image de l'arbre de la Fraternité apparaît à mes yeux, ma mémoire fait des découvertes. Je crois voir que l'arbre de la Fraternité était environné d'un mur de deux pieds de haut garni de pierre de taille et soutenant une grille de fer de cinq ou six pieds de haut[29].
Jomard[30] était un gueux de prêtre, comme plus tard Ming, qui se fit guillotiner pour avoir empoisonné son beau-père, un M. Martin, de Vienne, ce me semble, ancien membre du Département, comme on disait. Je vis juger ce coquin-là, et ensuite guillotiner. J'étais sur le trottoir, devant la pharmacie de M. Plana.
Jomard avait laissé croître sa barbe, il avait les épaules drapées dans un drap rouge, comme parricide.
J'étais si près qu'après l'exécution je voyais les gouttes de sang se former le long du couteau avant de tomber. Cela me fit horreur, et pendant je ne sais combien de jours je ne pus manger de bouilli (bœuf).
[1] Le chapitre XXXIII est le chapitre XXVIII du manuscrit (fol. 501 à 526).—Ecrit à Rome, les 20, 22 et 24 janvier.—On lit en tête du fol. 501: «20 janvier 1836. Le 3 décembre, j'en étais à 93.»
[2] ... cette jolie mélodie!—Variante: «Belle.»