Mais enfin cette première idée, c'est ce qui ne se trouve jamais dans les livres des écrivains médiocres. Leurs phrases les plus fortes me semblent comme le trait de Priam, sine ictu.
Par exemple, j'ai fait, ce me semble, une charmante mélodie (et j'ai vu l'accompagnement) pour ces vers de La Fontaine (critiqués par M. Nodier comme peu pieux, mais vers 1820, sous les B[ourbon]s):
Un mort s'en allait tristement
S'emparer de son dernier gîte,
Un curé s'en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.
C'est peut-être la seule mélodie que j'aie faite sur des paroles françaises. J'ai horreur de l'obligation de prononcer gî-teu, vi-teu. Le Français me semble avoir le métalent le plus marqué pour la musique.
Comme l'Italien a le métalent le plus étonnant pour la danse.
Quelquefois, disant des bêtises exprès avec moi-même, pour me faire rire, pour fournir des plaisanteries au parti contraire (que souvent je sens parfaitement en moi), je me dis: Mais comment aurais-je du talent pour la musique à la Cimarosa, étant Français?
Je réponds: par ma mère, à laquelle je ressemble, je suis peut-être de sang italien. Le Gagnoni qui se sauve à Avignon après avoir assassiné un homme en Italie, s'y maria peut-être avec la fille d'un Italien attaché au vice-légat.
Mon grand-père et ma tante Elisabeth avaient évidemment une figure italienne, le nez aquilin, etc.