On pourrait se demander si, au cas où Jeanne fût née en plein duché de Lorraine, par exemple à Nancy, elle serait encore française. Il faut répondre affirmativement, nous semble-t-il. Elle aurait encore été française par la langue, par la race, par l'appel du sang, par les profondes empreintes d'une terre restée celtique et franque, après comme avant le traité de Verdun.
Cependant elle l'aurait été moins qu'elle ne l'est par le fait de sa naissance sur la rive gauche de la Meuse. En fixant son berceau sur la limite des deux pays, dans le voisinage de Vaucouleurs, où, cinq fois depuis Robert le Pieux et saint Henri jusqu'à Philippe le Bel et Albert d'Autriche, les souverains de France et d'Allemagne se sont donné rendez-vous, Dieu a voulu, semble-t-il, faire d'elle le trait d'union de la France et de la Lorraine.
Le comte de Pange, qui soutient énergiquement la nationalité lorraine de la Pucelle dans son ouvrage sur le Pays de Jeanne d'Arc, a écrit à M. Hanotaux: «j affirme que la bonne lorraine est, par la volonté divine, le précurseur nécessaire de l'œuvre de Richelieu. Elle est l'affirmation miraculeuse du droit divin de la couronne de France sur le peuple français de Lorraine.» Sur quoi M. Hanotaux ajoute judicieusement: «Sur ces bases l'accord est établi entre les deux systèmes[5].»
[Note 1: AYROLES, La vraie Jeanne d'Arc, t. II, p. 64.]
[Note 2: AYROLES, La vraie Jeanne d'Arc, t. II, p. 247.]
[Note 3: «Domremy et Greux étaient du Barrois, sous la mouvance de France, frontière de Champagne et de Lorraine, assez près et au-dessus de Vaucouleurs, petite ville sur la même frontière qui est de domination française.» (LENGLET DU FRESNOY, Histoire de Jeanne d'Arc, t. II, p. 2.)]
[Note 4: Jeanne d'Arc, par G. HANOTAUX, p. 4. Hachette, Paris.—M. Hanotaux affirme, comme le P. Ayroles, la nationalité française de la Pucelle, mais il reconnaît, avec Langlet du Fresnoy, que Domremy était du Barrois, et, avec le Mystère du Siège d'Orléans, que Jeanne «venue est de terre lointaine,—de Barrois, pays de Lorraine». Seulement le fait d'être du Barrois n'excluait pas la nationalité française (p.4 et 79).]
[Note 5: Jeanne d'Arc, par G. HANOTAUX, p. 80.]
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La France reprend les Trois-Évêchés.