«CHARLES-ÉMILE FREPPEL, «Évêque d'Angers.» Angers, 12 février 1871.

Le vaillant prélat resta toujours fidèle à sa petite patrie. Il ordonna par son testament que son cœur serait porté à Obernai, quand l'Alsace serait redevenue française. Voilà bien la tendre délicatesse de l'âme alsacienne! Ce cœur mort, qui attend depuis vingt-quatre ans l'heure de la délivrance, tressaillira bientôt au bruit de notre victoire et fera une douce et triomphale rentrée dans son cher village. Quelle joie pour lui et quelle joie là-bas quand il passera à travers les houblons et les sapins qu'il aimait, parmi ses compatriotes qui sont toujours fiers de lui et lui ont élevé un monument. Tout est plein de son souvenir à Obernai; tout parle de lui et de la France, comme j'ai pu le constater en y passant en 1908.

Je me rappelais un mot qu'il m'avait dit dans ma jeunesse. C'était en 1873; j'avais eu l'honneur de composer et de lire devant lui à Angers une adresse où je louais son zèle pour la religion et la patrie. Il la prit de ma main et, lui que nous appelions en souriant le fougueux prélat, me dit cette parole dont je ne fus pas peu fier: «J'aime cela, mon ami, ça sent la poudre!» Cher et noble évêque, grand Alsacien, grand Français, toute votre vie se résume en ces trois cris: Vive Dieu! Vive l'Alsace! Vive la France!

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Protestation des députés Alsaciens-Lorrains.

Un autre illustre Alsacien, Émile Keller, député du Haut-Rhin, fit entendre, au nom de ses collègues et de toute la population des deux provinces, une protestation solennelle qui restera à la fois comme un témoignage de la douleur patriotique de l'Alsace-Lorraine et comme un monument du droit public. C'était le 17 février 1871. Il s'agissait pour l'Assemblée Nationale de Bordeaux de ratifier ou de rejeter les premières ouvertures de la paix, c'est-à-dire de décider si la France voulait ou non continuer la guerre.

Une partie de l'Assemblée, voyant dans les conditions imposées par l'Allemagne un sacrifice trop dur et un attentat à l'honneur de la France, voulait, malgré l'affaiblissement du pays, reprendre les armes. C'était l'avis des députés des deux provinces menacées. Ils ne voulaient à aucun prix que leur petite patrie fût séparée de la grande. Ils affirmaient que la France n'avait pas le droit d'y consentir et que son consentement était à l'avance frappé de nullité. Aussi l'émotion de l'Assemblée était intense, lorsque M. Keller, élu le premier sur la liste du Haut-Rhin par 68.864 voix, et encore revêtu de son uniforme d'officier, monta à la tribune pour lire la protestation de ses collègues d'Alsace et de Lorraine, parmi lesquels se trouvait Léon Gambetta, élu sur les quatre listes du Haut-Rhin, du Bas-Rhin, de la Meurthe et de la Moselle. Grave et sombre, au milieu d'un silence solennel, de temps en temps interrompu par des marques de douloureuse sympathie, Emile Keller lut cette déclaration[1]:

«I.—L'Alsace et la Lorraine ne veulent pas être aliénées.

«Associées depuis plus de deux siècles à la France dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, ces deux provinces, sans cesse exposées aux coups de l'ennemi, se sont constamment sacrifiées pour la grandeur nationale; elles ont scellé de leur sang l'indissoluble pacte qui les rattache à l'unité française. Mises aujourd'hui en question par les prétentions étrangères, elles affirment à travers les obstacles et tous les dangers, sous le joug même de l'envahisseur, leur inébranlable fidélité.

«Tous unanimes, les citoyens demeurés dans leurs foyers comme les soldats accourus sous les drapeaux, les uns en votant, les autres en combattant, signifient à l'Allemagne et au monde l'immuable volonté de l'Alsace et de la Lorraine de rester françaises. (Bravo! bravo! à gauche et dans plusieurs autres parties de la salle.)