Nous chantions des chants des vieux âges
En allant tous deux vers la ville,
Toi si grave avec tes yeux sages
Et moi dont l’âme fut si vile.
Le jour tombait au son des cloches
Dans l’eau lente de la rivière
Qui charriait vers des mers proches
La flotte à la noire bannière.
Nous fûmes trop fous pour comprendre
Les présages du crépuscule:
Voici l'ombre où l'on croit entendre
Les sanglots d’un dieu qui recule.
La flotte a fui vers d’autres astres,
Les enfants sont morts sur la route,
Et les fleurs, au vent des désastres,
Ne sont qu’un souvenir de doute.
Sais-tu le chemin de la ville,
Toi si grave avec tes yeux sages?
Ah! mon âme qui fut trop vile
A peur des chansons des vieux âges!
XI
Nous avons quitté ce soir la grand’ville
Où nous marchions seuls, les yeux dans les yeux.
Entends-tu là-bas, comme des adieux,
Les cloches des morts sonner la vigile?
Le soleil n’est plus, ô soeur puérile,
Mais n’ayons pas peur de l’ombre en les cieux;
Nous saurons trouver, après les aïeux,
La bonne maison d’accueil et d’asile,
Celle de ta croix où Dieu promet l’or,
La myrrhe et l’encens et tout sou trésor
Aux pauvres amants frappant à sa porte.