Et par la bride ils menaient des bêtes
Aux housses de pourpre, avec des plumes
Enormes qui tremblaient sur leurs tètes.
Puis dans l’azur matinal des brumes
Filèrent des chars d'or où les belles
Sonnaient les grelots de leurs costumes.
Dans la venelle, des ribambelles
D'enfants dansaient devant la parade.
A leurs poings tremblaient des colombelles.
Or quand eut passé la mascarade,
Je rêvai d’aller mimer l’amour
Comme eux, sur les tréteaux et l’estrade.
Et depuis les chansons de ce jour
Mon âme éprise de toutes feintes
Guette au bord des chemins le retour
De baladins et des femmes peintes.
III
Je suis né tians une ville d’or
Dont au crépuscule tours et dômes
Reflètent leur irréel décor
Dans des mers qui baignent de royaumes.
Il y passe, sous de étendards,
Des rois fous d’avoir suivi la lune
Jusqu’à la pâle île des brouillards.
Et du port l'on voit, l'une après l’une,