AGATHE À ZOÉ.

De loin comme de près, je suis certaine que la sage et bonne Zoé pense à sa pauvre et folle Agathe; et moi, aussi: ce journal en portera témoignage.

Voilà donc Agathe installée au séminaire. La vie de séminaire n'est pas si rude que je me l'imaginais d'abord. Les exercices de piété et les heures d'études y sont fréquens, il est vrai; mais comme tout s'y fait en son temps, la tâche en paraît moins pénible.

Mais j'observe ici que ce qui passe pour une vérité, souffre quelquefois des exceptions. Par exemple, on est convenu de croire que l'oisiveté est la berceuse de l'amour; et qu'au contraire, un travail assidu, opiniâtre chasse cette passion; j'éprouve ici tout l'opposé. L'occupation où je ne cesse d'être ne fait qu'entretenir mon amour. Il est vrai que je suis presque toujours sous les yeux de celui à qui j'ai voué mon existence, et toutes mes facultés. Comme je suis attentive aux leçons qu'il nous donne! il nous les donne si affectueusement! La persuasion, plus encore que la conviction, nous fait adopter tous les principes religieux qu'il professe. Sous un tel maître, j'ai la vanité de croire que je ferai des progrès dans une science si peu à la portée des femmes.

Il y a dix jours que j'habite le séminaire; il me semble que j'y suis depuis dix minutes. Enhardie par les encouragemens que m'a donnés Saint-Almont, je me suis hasardée à lui demander, en le reconduisant jusqu'à la porte de son appartement, s'il était content de moi, et quel terme il mettait à l'espèce de noviciat qu'il m'avait prescrit. «Bon jeune homme,» (il continue à m'appeler ainsi, et cette expression qu'il ne donne qu'à moi me flatte infiniment.) «Bon jeune homme, m'a-t-il répondu, attendez l'expiration de la quinzaine; je pense que nous serons satisfaits l'un de l'autre.»

Ces paroles me donnent un courage au-dessus de mon sexe.

Et ces détails, ma bonne Zoé, te prouveront combien est innocent le stratagème que j'emploie pour jouir de la présence de celui que j'aime avec un désintéressement, certes! bien rare. Conviens-en, mon amie.

XXII.

AGATHE À ZOÉ.

La quinzaine expirée, Saint-Almont me fit entrer chez lui; c'était pour me dire qu'il me croyait la vocation indispensable à l'état que je voulais embrasser, et qu'il me recevait volontiers au nombre de ses néophytes.