Mon Dieu est juste; il laisse en moi un exemple dont les jeunes filles pourront profiter. On leur dira que j'ai été punie pour avoir négligé les sages conseils d'une amie, et pour n'en avoir cru que mon cœur sans expérience.

TIMON.

Vous avez suivi la voix de la nature; elle ne trompe jamais; mais vos religions et vos lois viennent la contrarier. Ce sont elles qui font tout le mal. Ah! quand donc les hommes, retournant sur leurs pas, et remontant à leur organisation primitive, se mettront-ils à vivre, sans le ridicule et sinistre échafaudage des législations politiques et sacrées? Que je méprise, que je hais tous ces législateurs anciens et modernes qui mettant leurs faux raisonnemens à la place de la raison, fabriquent des entraves où le reste des hommes, comme de vils troupeaux, viennent se prendre! Il n'est plus permis à la jeune vierge innocente de s'unir au jeune homme dans les bras duquel la nature la pousse, mais que les codes absurdes, imaginés par des ambitieux, lui interdisent par je ne sais quelles misérables convenances.

Ces déclamations soulageaient Timon, et rassuraient Agathe. Il se bornait à des apostrophes aux hommes d'état, sans négliger aucun des égards dus à la passion et au sexe de l'infortunée. Celle-ci, languissante et s'affaiblissant peu à peu, avait renoncé à tout attentat sur elle-même; elle voyait s'approcher avec résignation le dernier jour d'une vie courte, mais si pleine d'amertume.

Timon, assidu près d'elle, espérait, attendait tout du temps; et déjà son imagination lui laissait entrevoir un avenir heureux selon ses principes. Un jour, il aborde Agathe avec un empressement plus marqué que de coutume; c'était pour lui dire:

Malheureuse femme! sans doute, vous me rendez justice; j'ai rempli les devoirs de l'hospitalité envers vous, sans les mettre à prix comme on fait là-haut. Ai-je acquis quelques droits à votre confiance?

AGATHE.

Homme généreux, en pouvez-vous douter?

TIMON.

Eh bien! donnez-m'en une preuve.