Afin d'être rassuré sur la visite de quelque importun, envoyé par le hasard, il ferma avec des pierres l'entrée de la carrière, par laquelle l'infortunée avait pénétré dans l'intérieur. Il se procura le bois nécessaire pour combattre l'humidité de la galerie où Agathe s'était établie. Déjà il y avait apporté des nattes et des tapis.
Mais, hélas! tous ces soins purent à peine allonger de quelques semaines la trame des jours d'Agathe. Comme un flambeau qui s'éteint par degrés, il la voyait dépérir lentement, mais sans douleur aiguë; la peine profonde qu'elle ressentait était bien suffisante: et à chaque progrès sensible de ce dépérissement, Timon renouvelait ses imprécations contre la Providence. La douceur du malade pouvait seule le tempérer: lui-même était étonné de l'ascendant qu'il laissait prendre sur son esprit; mais il n'en murmurait pas.
Un soir, la pauvre Agathe lui tendit la main, en lui disant: Mon généreux hôte, puisque vous ne voulez plus reconnaître un Dieu, je charge votre propre cœur de vous témoigner toute la reconnaissance que je vous dois. Ajoutez-y encore le dernier service que je vais vous demander. Procurez-moi ce qu'il faut pour écrire un billet, et accordez-moi la grâce de le faire tenir à son adresse, sans vous fâcher du choix de la personne dont je réclame ici les bons offices concurremment aux vôtres.
TIMON.
Je prévois ce que vous méditez; mais je ne puis rien vous refuser. Écrivez.
BILLET.
«Monsieur de Saint-Almont est supplié de vouloir bien accompagner le commissionnaire qui lui présentera cette missive. Il ne peut refuser cette dernière grâce à l'infortunée Agathe de Sainte-Alba expirante.»
TIMON.
Vous oubliez l'adresse.
AGATHE.