MADAME COULON.

Madame Coulon est fille de Cornuel, contrôleur général des finances[9] et président des comptes, et de sa servante qu'il épousa un peu avant de mourir. Elle fut mariée en premières noces à un marchand qu'on appeloit M. de La Marche; La Marche ne dura guère; elle revint chez son père. Or, il avoit un commis, nommé Argenoust, qui avoit une jolie femme; le président s'en accommodoit, et le commis, par droit de représailles, s'accommodoit de sa fille Cornuel le surprit un jour avec elle: «Monsieur, lui dit cet homme, vous avez ma femme, il est raisonnable que j'aie votre fille». Cornuel mit sa fille à Montmartre, mais elle en sortit. Coulon[10] en devint amoureux. M. d'Elbeuf en étoit aussi épris; et elle est encore bien faite. On fit sur cela ce vaudeville:

Bonjour la compagnie,

Bonjour monsieur Coulon;

La Marche est bien jolie,

Mais craignez le bâton,

Bonsoir la compagnie,

Bonsoir monsieur Coulon.

On dit pourtant que Coulon coucha avec elle avant que de l'épouser. Durant sa grande amour, Coulon, en allant à la messe pour y voir la belle, demandoit aux gens: «N'avez-vous point vu mon ange? Mon ange est-il passé? Mon ange est-il allé à la messe?» Enfin, il l'épousa du consentement du père. Aussitôt il se met à en conter à celle-ci et à celle-là, et elle à coquetter de son côté. On dit qu'il disoit, voyant qu'il n'avoit point d'enfans, que tous ses amis et lui ne pouvoient faire un enfant à sa femme[11]. Cornuel mort, elle se fit séparer de biens, car c'est un étrange ménage, par le moyen de M. d'Émery, qui, ayant eu la charge de contrôleur général, s'étoit mis à lui faire l'amour; elle sauva la charge de son père et bien d'autres choses. Le prieur Camus fit ce maquerellage; la suivante étoit pour Chabenas. D'Émery faisoit faire plusieurs petites affaires à son inclination qui pouvoient valoir huit mille écus par an. Coulon ne bougeoit de chez le galant de sa femme, et offroit sa faveur à tout le monde; il l'accompagnoit à la campagne, et n'en faisoit point la petite bouche; aussi d'Émery lui rendit-il un grand service; car il fit un garçon à sa femme. L'abbé d'Effiat disoit que cet enfant étoit fort émérillonné. Un jour Coulon, en présence de Tallemant, le maître des requêtes, et de sa femme, appela la sienne p..... Elle se mit à pleurer, et lui reprocha que c'étoit lui qui avoit voulu qu'elle se donnât à M. d'Émery, et, avec une naïveté étrange, elle se mit à conter tout cela à madame Tallemant, qui se reculoit et lui disoit: «Madame, en voilà assez; en voilà assez, madame.» D'Émery la quitta pour Marion[12]. Depuis, je ne sais où elle s'étoit gâtée; mais le bruit à couru qu'elle avoit sué la v..... à la campagne, il y a plus de douze ans.

Il prit une fantaisie à Coulon, environ en ce temps-là, d'entendre les auteurs latins; il fait venir Pepandre[13], mais ce pauvre diable ne fut pas satisfait du paiement, et il disoit en se plaignant: «Je l'avois rendu digne d'une honnête femme.»