MADEMOISELLE DE GOURNAY[144].
Mademoiselle de Gournay étoit une vieille fille de Picardie et bien demoiselle. Je ne sais où elle avoit été chercher Montagne, mais elle se vantoit d'être sa fille d'alliance. Elle savoit et elle faisoit des vers, mais méchants. Malherbe s'étant moqué de quelques-uns de ses ouvrages, elle, pour se venger, alla regratter la traduction qu'il avoit faite d'un livre de Tite-Live qu'on trouva en ce temps-là, où il avoit traduit: «Fecêre ver sacrum, par ils firent l'exécution du printemps sacré. Elle avoit fait imprimer un livre intitulé: l'Ombre, ou les Présents de la damoiselle de Gournay[145]. Dans ce livre il y avoit un chapitre des diminutifs, comme chauderon, chauderonnet, chauderonnellet. Boisrobert lui demanda un jour la raison du titre de ce livre. Elle ne la lui sut dire. «Il faut chercher, répondit-elle, dans mon cabinet d'Allemagne.» Mais, après avoir bien fouillé dans tous les tiroirs, elle ne la trouva point.
M. le comte de Moret, le chevalier de Bueil et Yvrande lui ont fait autrefois bien des malices. Une fois, pour se moquer de quelques-uns où elle avoit mis Tit pour Titus, ils lui envoyèrent ceux-ci:
Tit[146], fils de Vesp.[147], roi du Rom. héritage,
Des peuples inchrétiens qui cassèrent Carthage,
Prodiguoit rarement son amoureux empoix;
Mais il aimoit si fort les filles de science,
Que la Gournay eût eu son auguste semence,
Il l'eût même Titée au plus fort de ses mois.
On dit que c'est Desmarets qui les fit.