La comtesse de Maure et madame Cornuel allèrent faire un voyage ensemble. Elles couchèrent chez un gentilhomme qui avoit la fièvre. La nuit que tout le monde dormoit bien paisiblement, la comtesse vint heurter à la chambre de madame Cornuel. «Qu'y a-t-il?—Hé! levez-vous vite.—Qu'est-ce?—Allons-nous-en tout-à-l'heure.—Hé! pourquoi?—C'est que je viens d'apprendre que la maîtresse de céans s'est couchée avec son mari qui a la fièvre; elle la gagnera, et nous la donnera après. Je ne saurois souffrir ces sottes femmes-là; allons-nous-en.» Il fallut pourtant attendre au lendemain. Madame Cornuel dit qu'elles furent quinze jours entiers ensemble en litière, et qu'elle étoit si lasse d'avoir toujours une même personne devant les yeux, qu'elle eut deux ou trois fois envie de l'étrangler[381]. L'exagération est un peu forte.
Je pense que le désordre de ses affaires, autant que le bien public, engagea le comte de Maure dans le parti de Paris. Durant le blocus, il fut le seul, tant il sait bien la guerre, qui, avec le Coadjuteur, fut d'avis de donner bataille le jour que M. le Prince prit Charenton. Sur cela on fit les triolets que voici:
Je suis d'avis de batailler,
Dit le brave comte de Maure;
Il n'est plus saison de railler,
Je suis d'avis de batailler.
Il les faut en pièces tailler,
Et les traiter de Turc à More.
Je suis d'avis de batailler,
Dit le brave comte de Maure.