Dans les chapitres des Chartreux, chaque religieux peut écrire son sentiment au général. Un religieux de Paris écrivit qu'il y avoit beaucoup de choses à louer dans leur ordre; mais qu'il y trouvoit un grand défaut: c'est de n'avoir point de femmes, et qu'au moins il en faudroit une pour deux. «Pour moi, ajouta-t-il, je me contenterai de la moitié de la meunière.» La meunière étoit jolie. Le général manda au procureur de Paris: «Un tel religieux vit-il bien mieux que pas un? Regardez ce qu'il m'écrit.» Le procureur fut bien surpris.
Un sot de Chinon apporta beaucoup de ruban bleu de Paris, en disant que c'étoit la mode d'en porter en écharpe, et qu'il en avoit vu au Roi même.
Une dame, un peu galante, pour s'accoutumer à ne point rougir, voulut se hasarder de conter une de ses amourettes, sans nommer personne; elle dit donc: «Une dame donne rendez-vous à son galant, et étant couchés ensemble, on heurta; le galant se jette dans un cabinet, et, comme il faisoit froid, il prit un drap pour se couvrir. Jamais, ajouta-t-elle, je ne fus si déferrée que quand je me vis sans drap.»
Un Sédanois, nommé Gohard, valet du beau-frère de M. Conrart, se retiroit fort souvent dans un petit cabinet, et il écrivoit sans qu'on pût savoir ce que c'étoit. Enfin on trouva moyen d'y entrer, et on vit un gros livre, où il y avoit au haut: «Aujourd'hui, sixième de mai 1645, je commence, moyennant la grâce de Dieu, à copier, pour la septième fois, le Nouveau-Testament, que j'achèverai, Dieu aidant, au bout de l'an.»
Le maréchal de Gassion avoit un parent qui partagea avec un cadet qu'il avoit, et lui donna mille écus pour sa légitime, à condition qu'il en emploieroit cinq cents à un drapeau, en Hollande. Ce garçon mangea tout. L'aîné, sans y être obligé, envoya encore cinq cents écus; mais il mit l'argent en main tierce pour faire acheter ce drapeau. Le cadet fit si bien qu'il eut l'argent, et le mangea, et haie-au-bout[ [67]. Ses créanciers lui prêtent de quoi aller en son pays, où il disoit qu'il feroit bien danser son frère, et rapporteroit de quoi tout payer. L'aîné en eut avis, et lui écrivit que sa maison étoit bonne, qu'il avoit des arquebuses à croc[ [68], et quelques fauconneaux[ [69]; qu'il braqueroit tout contre lui. Ce cadet lui fait réponse, il n'y avoit que cela dans la lettre: Amourcez, yé pars.