Un homme, qui avoit un valet fort sot, lui mit par écrit tout ce qu'il avoit à faire avec lui. Allant à la campagne, le maître tombe dans un fossé; il appelle ce garçon qui, au lieu de courir, lui crie: «Attendez, que je voie si cela est sur mon mémoire.»
Un de mes frères a un cocher qui prioit Dieu pour tout ce qu'il aimoit en la manière suivante: «Je prie Dieu pour moi, pour ma femme, pour monsieur et pour madame, pour mes chevaux et pour les enfans du logis.»
Deux cochers se disputoient une fois, et l'un disoit: «Je ne sais pourquoi vous niez cela; vous me l'avez dit en présence de vos chevaux.»
Le feu gazetier[ [196], à la révolte de Portugal, mettoit entre les titres du Roi de Portugal: Roi d'Aquen et d'Alen, et de delà la mer; au lieu qu'il falloit mettre: Roi de deçà et de delà la mer, à cause qu'il a quelques places en Afrique.
Son fils, qui est un sot au prix de lui, disoit l'autre jour, parlant de je ne sais quelle entrée: «Quand le magistrat eut achevé sa harangue, le canon commença la sienne.» Quand les ennemis étoient à Fismes (en 1650), il disoit, en parlant de Château-Thierry: «Notre bourgeoisie se rassure plus que jamais, surtout depuis l'arrivée du vicomte d'Espaux, qui s'est jeté dedans cette ville avec une bonne partie de la noblesse du pays.» Apparemment quelqu'un lui avoit écrit cela pour se moquer de lui; car le vicomte n'y mena que des vaches, des moutons et des cochons, pour les mettre en lieu sûr. Celui qui commandoit dans le château s'appelle Després; c'est un fort gros homme; son cocher disoit: «Mon maître a juré de crever sur le rempart.»