CONTES DE PRÉDICATEURS
ET DE MINISTRES.

M. de Mâcon, ci-devant M. de Sarlat, a eu grande réputation pour la prédication, quand il étoit M. de Lingendes[ [45]. Il prêchoit une fois un carême à Rennes, il étoit alors à Monsieur; il avoit été avant cela au comte de Moret. Un charlatan, qui se disoit aussi à Monsieur, le vint trouver un jour, et lui dit qu'étant à même maître et de même profession[ [46], il avoit pris la hardiesse de lui venir faire la révérence. «Hé! qui êtes-vous, monsieur?—Je suis, dit-il, cet homme qui monte sur le théâtre dans cette place; nous parlons tous deux en public.» M. de Rennes arrive là-dessus. «Monsieur, lui dit M. de Lingendes, je suis ravi d'une chose; si par hasard je tombois malade, voilà monsieur qui achèvera: nous sommes de même profession.» Il eût été plus tôt évêque s'il n'eût point été à Monsieur. Son cousin, le Père de Lingendes[ [47], un des meilleurs prédicateurs de la Société, le remit bien avec les Jésuites; il étoit brouillé avec eux; il le fit prêcher dans leurs églises. Ce furent eux qui, par le moyen de M. de Noyers, le firent évêque de Sarlat; depuis il permuta pour d'autres bénéfices, et enfin il fut évêque de Mâcon à la régence. Il ne sait que médiocrement ce que c'est qu'éloquence; il y a quelquefois beaucoup d'esprit dans ses sermons; il fait quelquefois aussi des prédications de cordelier; il se pique surtout de bien entendre saint Paul; cependant, quand il l'explique, on ne l'entend pas autrement. On en a fort médit avec une madame de Marigny, femme d'esprit, qui logeoit sur la Tournelle; il y avoit un vaudeville:

Éloquente de Marigny,

Quel amoureux te baise?

Je le connois, je l'ai vu dans la chaise.

Il passe pour un bon courtisan, et il est toujours prêt à flatter ceux qui donnent les bénéfices. Une fois il dit une chose chez madame Saintot[ [48], qui n'étoit guère judicieuse. Quelqu'un lui dit: «Je pense que le sermon d'hier est le meilleur que vous ayez fait.—Le meilleur que j'aie fait, reprit-il, c'est celui d'un tel jour; il me valut soixante pistoles.» Une autre fois il étoit encore chez madame Saintot, avec quatre ou cinq autres prélats ou abbés; pas un ne sut dire quelle fête il étoit.


Un curé, au prône, dit: «Voyons quelle fête il y a cette semaine: Saint-Simon Saint-Jude. Judas fêté! Il ne faudra la chômer que le matin pour saint Simon, ou, plutôt, point du tout, pour apprendre à saint Simon à hanter mauvaise compagnie.»