Madame Nolet avoit un laquais qui portoit Amadis à l'église: à cause que ce livre commence par ces mots: Un peu après la mort et passion de Notre Seigneur, il le prenoit pour un livre de dévotion[ [209].


Le laquais de l'abbé Favre dit à une dame qui vouloit qu'il allât dire à son maître qu'il se dépêchât de s'habiller, et qu'elle paieroit sa messe: «Pour qui le prenez-vous, madame? Je veux bien que vous sachiez que mon maître ne dit point la messe pour de l'argent; il la dit pour son plaisir.»


Un maquignon, à Rouen, voulant bien louer son cheval, dit: «Il a la bouche admirable, et a, pour tout dire, une bouche de Coquerel;» c'étoit un avocat célèbre en Normandie. En faisant aller son cheval, il disoit: «Ah! bouche de Coquerel!»


Borbonius, père de l'Oratoire[ [210], qui ne savoit que du latin, et qu'on fit de l'Académie françoise, à cause de ses vers latins, quand ce vint à opiner sur abominer, dit: «Je l'aimerois mieux qu'exécrer


Des fous d'amoureux, en buvant à la santé de leurs maîtresses, se passèrent dans la forcele de l'estomac des rubans qu'ils en avoient eus. Un d'eux en mourut, la gangrène s'y étant mise; un autre en fut fort malade, car il eut un apostume épouvantable; et si le chirurgien, en le soignant, n'eût aperçu un bout de ruban, on n'eût point su d'où venoit sa fièvre; car il vouloit que ce ruban y demeurât, et cachoit son apostume. Le chirurgien tira le ruban sans en rien dire: le pus vint, et ce maître-fou fut guéri.