Avec madame de Pilou.
On a chanté:
Brion soupire[337]
Et n'ose dire
A la Chalais qu'elle fait son martyre.
Un moment sans la voir lui semble une heure,
Et madame Pilou veut qu'il en meure.
Or, madame Pilou étoit la bonne amie de madame de Castille, mère de madame de Chalais, et il ne faut point trouver étrange qu'elle fût familière chez cette belle. Il lui arriva une fois une plaisante aventure avec cette madame de Castille. Madame de Vaucelas, sœur de M. de Châteauneuf, étoit après à louer d'elle une maison, qui est devant la chapelle de la Reine, où M. de Châteauneuf a logé long-temps. Elle envoya un matin un gentilhomme pour lui parler. Madame de Castille, alors veuve, étoit encore au lit, et madame Pilou, qui étoit couchée avec elle, lasse des barguigneries de cet homme, mit la tête à demi hors du lit, et dit: «Allez, monsieur, allez, on ne l'aura pas à meilleur marché.» Or, elle a la voix assez grosse. Cet homme s'en retourne, et dit à madame de Vaucelas qu'il seroit inutile de prétendre avoir meilleur marché de cette maison, qu'il avoit parlé à madame de Castille, et que M. son mari, enfin, avoit dit qu'on n'en rabattroit rien[338]. Cela fit d'autant plus rire que cette madame de Castille étoit un peu galante. On en parla au moins avec Almeras, homme riche, et M. de Bassompierre écrivoit de Madrid que le duc d'Almeras faisoit soulever Castille la vieille[339].
J'ai ouï dire à Ruvigny que mesdames de Rohan et les autres galantes de la Place[340] ne craignoient rien tant que madame Pilou, bien loin qu'elle les servît dans leurs amourettes. Je sais de bonne part que toute sa vie elle a prêché ses amies qui ne se gouvernoient pas bien. «Enfin, disoit-elle, ne pouvant les réduire, je leur disois: Au moins n'écrivez point.—Voire, me répondoient-elles, ne point écrire c'est faire l'amour en chambrières.» Je sais bien qu'une fois, comme on lui disoit: «Que ne dites-vous à une telle qu'elle se perd de réputation?—La mère, répondit-elle, m'a pensé faire devenir folle, voulez-vous que la fille m'achève?»
Elle parle aux princesses tout comme aux autres, et dit tout avec une liberté admirable. Elle a dit un million de choses de bon sens. «Quand je vois, disoit-elle, ces nouvelles mariées qui vont donnant du timon de leur carrosse contre les maisons, je me mets à crier: Qui veut du plomb? Plomb à vendre! plomb à vendre! Qui veut du plomb? Voici des gens qui en vendent. Cependant il est certain qu'il ne se fait pas la moitié des cocus qui se devroient faire, tant il y a de sots maris.»