La dernière carte posée, elle leva les yeux, et me vit.
— Qu’est-ce que c’est que ce pierrot-là ?
Pas émotionnée pour un sou, du reste. Elle se leva, majestueuse comme une vraie lady.
— Qu’est-ce que tu fiches ici, hein ? Pouvais pas frapper ?… Et plein comme un œuf, le saligaud !… En bordée, pour sûr ?
Au fait, je lui devais une apologie, à cette fille ; et, pour jaser plus dignement, je m’accroupis sur une sorte de coussin en velours noir. Mais ce coussin était un chat. Il me carda les fesses de quelques solides coups de griffes, et je m’étalai.
— Imbécile ! Voilà qu’il s’assied sur Ito, à présent ! Tu ne te figures peut-être pas que tu vas coucher ici ?
— A voir, dis-je pour la rigolade. Et, bien assis par terre, à la chinoise, je tirai de ma valise une miche d’opium, et mordis dedans une forte chique, afin de m’éclaircir les idées.
Elle s’y connaissait en drogue, la garce, car elle sauta sur mon bloc, et en arracha, à l’aide d’un ouvre-conserves, une pilule respectable, qu’elle croqua en vraie affamée.
La connaissance était faite. Elle m’installa sur le canapé avec des coussins partout, m’offrit une bouteille de burgundy, un ananas, du pâté de kangourou. Mais j’avais surtout soif, — comme elle — et nous mixtionnâmes des grogs, avec un éther comme rarement j’en bus de pareil.
J’étais calé, à présent, tout à fait « at home ». Plus trace de roulis. Ce canapé était vraiment un chic meuble, plus doux qu’un hamac. Je m’offrirai le pareil, quand je serai milliardaire. Et bien commode à l’occasion pour y étaler une riche membrure de garce, comme celle dont je commençais à tripoter, semblant de rien, les tototes toutes chaudes. Car l’opium la rendait souple comme une pelote de mastic, tandis qu’elle débondait ses petites histoires. Mais, entre gens de la Drogue, ça n’a pas d’importance, et je la laissais dire, par politesse…