Il me le fit disposer sous le corps suspendu, puis se mit à travailler du couteau dans cette viande, comme un boucher à l’abattoir.
Ito, à coups de pattes et de gueule, dévidait les tripes, qu’il traînait par la chambre.
Moi, j’aidais à débiter Bob, et nous empilions au fur et à mesure les pièces. Le bassin une fois rempli, Lolo eut un ricanement satisfait. Puis il me tendit un morceau de graisse, et m’ordonna de mettre la poêle sur le feu.
— A propos, s’interrompit-elle, as-tu déjà mangé de l’homme ?
J’ai beaucoup roulé, monsieur, et j’en ai vu de toutes les couleurs, mais ça, non, pas encore. Je lui avouai la chose.
— N’essaie pas, alors. C’est une triste viande. Si fade ! Il a fallu des livres de poivre et des gallons de Worcester-sauce pour assaisonner ce pauvre Bob. Lolo, lui, trouvait ça exquis ; et comment le contredire, quand sa mauvaise humeur s’en allait à chaque bouchée que nous avalions ?
Et puis c’était trop long ! Un mois, mon chou, nous avons vécu là-dessus. Heureusement, Othello est un cuisinier à la hauteur, et sa place est dans un palace-hôtel plutôt que dans une damnée cambuse. Rôti, bouilli, étuvé, à la broche, en bifteck, en ragoût, que sais-je, tout y a passé, sans parler, sur la fin, des morceaux à la saumure, en daube, des jambons, boudins, saucisses et pâtés ! Le dernier soir, nous sommes allés au bout du môle jeter les os à la mer.
Le crâne, ce fut plus drôle. Mon Lolo seul était capable de trouver la blague : un carabin n’est pas plus subtil. Ce crâne, nous l’avons déposé… devine… sur la fenêtre du Police-Office, avec une bougie allumée dedans !
Et la garce partit d’un rire hystérique, en laissant s’ouvrir les derniers plis de son kimono.
Mais ça, je m’en fichais, à présent. Son rire venait de crever net le flegme de l’opium. Je la secouai par le bras.