— « A toi, ma Galatée ! pour des dariques et des statères ? — Hors d’ici ! infâme ! Hors d’ici ! esclave de Syrie, mangeur de petits enfants, proxénète ! Détale ! ou — j’en jure par Hécate, par l’Hadès, par le Styx ! — je te tue comme un porc ! »

Et, saisissant à terre un lourd maillet de buis, il le brandit comme une massue.

Melchis, terrifié, reculait, en appelant au secours les Éthiopiens de sa litière ; mais Apnoukhos le tira par la manche et lui glissa quelques mots à l’oreille.

— « C’est vrai ! » dit le Syrien.

Arrêtant d’un geste ses esclaves, il passa le seuil, tandis que Pygmalion refermait la porte et poussait les verrous, furieusement.

II

Pygmalion, une fois seul, sa colère tomba. Il secoua les épaules, s’approcha de la statue ; et, s’agenouillant face-à-face avec elle, lui entoura la tête de ses bras.

— « O Galatée ! Vierge toute-belle ! Que nous font les paroles de ce chien, puisque moi, je te connais, Déesse ! Moi seul puis te comprendre, moi ton créateur ; moi qui t’ai révélée, native, en la splendeur tragique du désir !

» O Galatée ! Depuis que mes yeux sont ouverts à la merveille éternelle de la lumière, ton amour secret se levait sur mon cœur, comme une aurore, pour jamais, d’apothéose !… Je t’appelais, jadis, aux soirs adolescents d’été, lorsque ta voix modulait mon désir aux zéphyrs caressant la ramure des pins… O bien-aimée ! ton corps miraculeux, tes hanches et tes seins sont le nubile amour des golfes parfumés !

» Toutes les joies, toutes les gloires, toutes les femmes, tous mes désirs tordus vers l’ardente beauté n’étaient que les élans frémissants de ton âme, — effigie d’un plus beau moi-même, Galatée !…