Pour ceux qui n'en avaient pas l'habitude, le règlement avec les postillons était ennuyeux et souvent compliqué. Mon père, fort expert dans cette manière de voyager, m'y avait initié de bonne heure.
Nous allions souvent à Sury, près de Montbrison; pour faire la course en une journée, il n'y avait que la poste. Longtemps avant que j'eusse barbe au menton, on m'avait confié ce service, qui n'était pas toujours commode.
Un jour nous partîmes de Lyon dans une petite calèche avec un seul cheval, le nôtre; à la poste de Brignais, naturellement, on en mit deux; à Rive-de-Gier on en mit encore deux, mais on en fit payer trois; à Saint-Chamond on voulait en mettre trois et nous en faire payer quatre.
Exaspéré de cette progression croissante, je fis mettre les quatre chevaux et deux postillons. C'est ainsi que nous fîmes une entrée triomphante à Saint-Etienne, sur la place Chavannel, dans la cour de la manufacture d'armes, qu'habitait mon oncle.
Les officiers d'artillerie se mettaient aux fenêtres, croyant à une inspection imprévue du ministre de la guerre; ce n'était qu'un écolier en vacances qui avait voulu faire claquer son fouet tout comme un autre.
Lorsque mon grand-père conduisait sa famille à Sury, avec sa voiture et ses chevaux, il couchait toujours en route.
Les chemins étaient si mauvais avant 1820, qu'il était tout à fait extraordinaire si, pendant le trajet, on ne versait qu'une fois.
Fâcheuses conséquences des guerres de Napoléon Ier, qui avait supprimé l'entretien des routes pour mieux assurer l'entretien de ses armées.
C'était une belle institution, la poste aux chevaux, surtout dans le moment de sa grande activité. Rien n'était plus vivant, et ne donnait plus envie de voyager, que de voir une grande berline avec siège devant et derrière, attelée de quatre beaux chevaux conduits par des postillons alertes, en habits bleus, bordés de rouge et galonnés, avec leurs grosses bottes, assez dures pour les préserver du contact des brancards et des timons.
De loin on entendait le claquement des fouets se mêlant au bruit joyeux des grelots, pour faire écarter les autres voitures; car c'était un privilège de la poste royale. On devait lui laisser le haut du pavé, ou le milieu de la chaussée.