26 décembre.—Vu l'église de Saint-Jerôme-de-la-Charité (S. Geralomo della Carita), où se trouve le fameux tableau de la Communion de saint Jerôme, du Dominiquin, regardé comme un des quatre premiers de Rome (aujourd'hui au Vatican).
Le soir, ouverture du théâtre Alemberti, où il y a grande foule, le parterre et six rangs de loges étaient pleins. L'opéra et les ballets n'ont pas enlevé le suffrage du public. Ce théâtre, comme tous ceux de Rome, est en bois; l'entrée est désagréable, mais l'intérieur est beau.
Il n'y a point de femmes sur la scène, mais de jeunes éphèbes en costumes féminins, remplissant leurs rôles, après avoir été préparés dès l'enfance par une éducation physique appropriée, et quelques-uns font presque illusion. Les danseurs et danseuses fictives ont plu médiocrement.
27 décembre.—L'opéra d'Argentine a été supérieur, les ballets étaient assez bons.
5 janvier 1788.—Départ de Rome pour Naples avec M. Febvre, de la maison veuve Poujol et ses fils, d'Amiens, à qui, sur la recommandation de Torlonia (premier banquier de Rome, correspondant de la maison), j'ai donné une place dans ma chaise. (Ce Torlonia était probablement le grand-père du Maire de Rome, qui vient d'être destitué par Crispi pour sa lettre de félicitation au Pape Léon XIII à propos des fêtes jubilaires de 1888.)
Nous partons à dix heures par un temps médiocre, à la suite de trois jours de pluie, nous trouvons le chemin très mauvais pendant trois postes. La route étant devenue meilleure, la pluie revient. Le temps s'étant mis au beau, nous marchons toute la nuit et nous arrivons à Naples le 6 janvier à cinq heures du soir. (Durée du voyage trente-deux heures, on met aujourd'hui six heures.)
Mon domestique, Laforest, a couru la poste la plus grande partie du chemin (M. Febvre ayant pris sa place dans la chaise); il a été fatigué par les bottes qui sont trop fortes et trop dures, et particulièrement par les étriers qui étaient trop étroits. Il a eu, dans la route, de mauvais chevaux qui l'ont jeté par terre.
M. Febvre a fait quelques postes à cheval, ce que je n'ai pas pu faire, les bottes étant beaucoup trop grandes pour moi.
6 janvier 1788.—Nous voici à Naples; nous descendons chez Mme Gaze, où j'avais chargé Détournes de nous arrêter deux chambres, il n'y en a point; nous allons chez M. Menricoffre pour le prier de nous renseigner; trois hôtels qu'il nous indique sont pleins, nous trouvons un appartement dont on nous demande 60 ducats qui valent 255 livres tournois! Enfin, nous revenons chez Mme Gaze, où l'on nous loge, l'un dans la chambre du maître de la maison, l'autre dans celle d'un compatriote, en attendant mieux.
Mme Gaze est une femme très obligeante, dont je suis fort content; elle a d'assez mauvais logements, c'est vrai; mais elle traite bien les étrangers, avec beaucoup d'attentions.